dimanche 3 novembre 2013

Jusqu'où irons-nous Part3








En reposant son téléphone, Sharon resta assise là, hébétée, perdue dans ses pensées, les larmes aux yeux. Dans son cœur se mêlaient la confusion, une rage sourde qui l’empêchait même d’entendre les bruits alentours, la trahison mais surtout une infinie tristesse qui lui striait l’estomac et formait une énorme boule dans la gorge. Et dire  qu’elle avait voulu qu’ils repartent à zéro. A cette pensée, en sourit avec dérision, se rendant compte de sa propre bêtise. Elle s’était faite belle, pour un homme qui ne la regardait même pas. Ce soir en était la preuve irréfutable. Elle regarda sa robe avec dégoût .Elle avait espéré, tant espéré que ce soir allait être un nouveau tournant pour eux. Mais au lieu de cela, elle n’avait eu que le goût amer de la déception et de l’humiliation. Les larmes qu’elle contenait depuis si longtemps se mirent à perler sur ses joues. Elle avait envie hurler, de crier si fort, mais il y avait tous ces gens dans le restaurant et elle s’était assez ridiculisée comme ça. Elle sortit alors du restaurant et s’assit sur les marches qui menaient à l’entrée, dehors. Les passants la dévisageaient, étonnée de voir une aussi ravissante et riche femme assise là, le mascara saccagé par ses larmes, les cheveux en bataille, la mine déconfite. Les paparazzis quant à eux n’auraient pas pu rêver d’une meilleure scène. Ils la mitraillaient avec leurs appareils, pendant que d’autres lui posaient déjà des questions, essayant de tirer le plus d’information possible. Sharon, comme anesthésiée les entendait à peine. Tellement d’émotions se mêlaient dans sa tête qu’elle aurait pu en devenir folle. Elle n’en pouvait plus. Elle était fatiguée de cela. Fatiguée de chercher à faire revivre une relation qui était déjà finie, elle en avait assez d’encaisser sans rien dire, elle était à bout. Et si elle se laissait consumer par tout cela, elle risquait fort d’en mourir, pensa t’elle.
-       Lève-toi, tu es pathétique. Lui intima sa mère qui venait d’arriver.
Sharon qui ne s’en était même pas rendu compte, leva les yeux vers elle, comme si elle n’avait pas entendu.
-       Lève toi je te dis, lui répéta sa mère en l’aidant à se mettre debout.
Sharon se leva tant bien que mal puis comme un automate monta dans la Mercedes de sa mère. Une fois à l’intérieur, elle garda un silence buté, honteuse d’appeler encore sa mère à la rescousse alors qu’elle était une adulte.
-       Tu ne vas pas me dire ce qui s’est passé, n’est ce pas ? Lui demanda Afodilé.
Sharon regarda sa mère longuement. Elle devait vraiment être pathétique pour pouvoir l’appeler. Elle avait toujours eu des relations très tendues avec sa mère, et cela depuis son adolescence, à la mort de son père. Elle avait alors découvert en sa mère un individu fourbe, retors, avide et aigrie, ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins, quitte à faire du mal à sa famille, à les blesser. Et son père en avait fait les frais. Même si aujourd’hui elle s’était « repentie » et faisait tout pour que les choses s’arrangent entre elles, Sharon soupçonnait toujours qu’au moment où elle s’y attendrait le moins, sa véritable facette ressortirait et lui donnerait raison. Aussi, c’était toujours avec réserve et méfiance qu’elle s’adressait à celle-ci ou qu’elle lui confiait ses problèmes. Pas qu’elle n’aimait pas sa mère, loin de là. Mais quand on avait appris à vivre avec des gens de l’espèce de sa mère, on se rendait vite  compte que certaines choses ne changeraient jamais, même si on priait très fort ou qu’on le voulait de toutes ses forces. Et elle avait appris à aimer sa mère comme elle était, avec ses nombreux défauts, mais aussi avec le peu de qualités qu’elle avait. Et si elle avait une qualité, c’était bien sa franchise. Voilà pourquoi elle l’avait appelée. Elle avait besoin qu’on lui dise les choses en face, pour qu’elle puisse bien se les rentrer en  tête, se dit t’elle. Et sa mère allait le faire à merveille.
-       Il n’y a rien de spécial. On devait diner ensemble. On est à peine arrivés quand une espèce de greluche est apparue dans le restaurant et a commencé à faire une scène en empoignant Shareef. La minute d’après, elle jetait sa bague dans une flûte à champagne et est partie, Shareef sur ses talons.
-       Une greluche ? la bague ? je ne comprends rien! tu voudrais bien m’expliquer ce qui se passe à la fin ?
-       Il a une maîtresse maman. Et il avait laissé sa bague mariage chez elle. Rentrons maman, nous en parlerons là-bas, dit-elle en se murant à nouveau dans un silence pesant.
Afodilé soupira et se mit à rouler à vive allure jusqu’à leur maison. Une fois arrivée, Sharon claqua la portière et se précipita dans la maison. Lorsqu’elle arriva enfin dans sa chambre, suivie de sa mère, elle alla à son placard, en sortit une valise, puis se mit à vider progressivement le contenu de son placard vers celle-ci.
-       Mais qu’est ce que tu fais Sharon ? Sharon ! Sharon merde écoutes ! dit elle en lui empoignant le bras, l’empêchant ainsi de continuer dans son élan.
-       J’en ai assez maman, assez ! dit-elle les larmes aux yeux. A chaque fois que je pense à lui, mon cœur se brise maman, je n’en peux plus de souffrir comme ça. Ce n’est pas une vie. Je n’ai pas signé pour ça.
Afodilé resta muette pendant ce qui dura à peu près une minute en regardant sa fille sangloter, puis éclata d’un rire tonitruant dans la chambre.
-       Tu n’en peux plus ? non mais tu t’attendais à quoi ? sérieusement ? Tu croyais que le mariage était un long fleuve tranquille, qu’il te jurerait amour et fidélité éternelle ? Non, ma fille, non ! c’est dur le mariage, c’est douloureux. Et ce que tu dois savoir aussi, c’est que c’est un contrat ou chacun tire son intérêt, rien de plus. Qu’est ce que tu as gagné en jouant les épouses soumises, fidèles, qui ferment les yeux sur tout, hein, dis moi !
-       Maman…
-       Non, c’est toi qui va m’écouter maintenant. Tu as supporté pendant 7 ans ses infidélités, ses sautes d’humeur et je ne sais quoi encore pour le laisser maintenant, alors qu’il est à deux doigts de devenir l’héritier de Prince ? non mais ça ne va pas la tête ? 
-       Mais de quoi tu parles ? demanda Sharon, incrédule.
-       C’est partout dans les journaux ! Prince cherche  son successeur à l’entreprise. Et si Shareef le devenait ?
-       Je me moque de son argent maman.
-       Ce n’est pas une question d’argent  nom de dieu ! je te parle d’intérêts en tous genres ! le prestige, tu iras n’importe où n’importe quand, tu auras accès à tout ma fille. Tu ne crois pas qu’après avoir tant souffert, tu mérites une petite compensation ?
Sharon regarda sa mère, et finit par se dire en elle-même que quelque part, sa mère n’avait pas si tort. En effet, qu’avait elle gagné à jouer l’épouse aimante ? Rien. Ni plus ni moins que le mépris, l’humiliation et l’indifférence de son époux. Sharon se laissa tomber sur le lit  et, pour la première fois depuis très longtemps, s’adressa à sa mère le regard suppliant.
-       Qu’est ce que je dois faire maman ?,  assena t’elle d’une voix sourde en se tenant la tête entre les mains, sentant déjà venir à nouveau les larmes.
Afodilé sourit, puis caressa ses cheveux doucement. Enfin, elle allait pourvoir mettre son grain de sel et pouvoir en tirer le plus de profit possible dans cette affaire. Sa fille avait trop longtemps jouée les petites ingénues et par respect pour elle, elle, n’avait jamais mis le nez dans ses affaires mais là, Sharon lui demandait directement son aide. Elle allait plumer cette famille, s’imagina t’elle, souriant intérieurement. Oh oui, elle et sa fille allaient se faire plein d’argent.
-       C’est simple Sharon. C’est terminé, la Sharon idiote, béni oui oui, la compréhensive, qui pardonne tout, qui est la seule à se remettre en question. Ces comportements auraient valu la peine pour un mari qui te respecterait. A partir de ce soir, tu dois porter un masque d’impassibilité et de mépris. Fixe toi des objectifs, et atteint les par tous les moyens. Par tous les moyens Sharon, c’est fini les pleurs. Et rien ni personne ne devra t’écarter de cela. Ni l’amour, ni l’amitié, ni même moi ma fille. L’hypocrisie sera être ton arme, la perfidie ton domaine de prédilection. Tu devras te les mettre tous dans la poche, un à un. Depuis Prince jusqu’au plus petit personnel de maison. Une fois que tu auras quadrillé ton territoire, tu élimine tout ce qui pourra t’empêcher de donner un enfant à Shareef. Il doit être à tes pieds. Et après,  seulement après ma fille, la vengeance.
Sharon écouta la longue tirade de sa mère avec sérieux. Puis se sentit vraiment désespérée. Non, elle n’était pas comme ça. Elle aimait Shareef, aveuglément, passionnément, irrémédiablement. Et si ça ne marchait pas entre eux, et bien, ils se sépareraient et voilà. Elle ne voulait pas lui faire du mal, même si elle en avait gros sur le cœur. Elle ne pouvait tout simplement pas, elle ne voulait pas… devenir comme sa mère.  Elle clarifia le fond de ses pensées à sa mère.
-       Non… je ne peux pas maman, je ne veux pas. Je ne suis pas comme toi et jamais je ne le serai.
Afodilé leva les yeux au ciel d’exaspération puis se leva du lit sans un mot. En se dirigeant vers la porte, elle adressa un dernier regard à sa fille.
-       Oh si tu le deviendras, et tu seras même pire ma chérie. Et je n’aurai même pas à te suggérer quoi que ce soit, la vie et les circonstances s’en chargeront à ma place. Le choix est tien maintenant, ou tu abandonnes ce pour quoi tu es restée inconditionnellement par le passé, ou tu restes et tu lui fais mordre la poussière. Sur ce, bonne soirée. termina-t-elle en claquant la porte de la chambre.
Sharon sursauta, fixant la porte par laquelle sa mère avait disparu.


Shareef suivait toujours le taxi depuis à peu près une demi-heure maintenant. Mais où habitait t-elle ? Il tourna à un rond point, puis bifurqua su sa gauche à un carrefour. Enfin le taxi s’arrêta. Shareef était tellement concentré sur la route qu’il n’avait pas remarqué qu’il s’était retrouvé dans Bangkok city, l’un des quartiers les plus chauds du Sangala. Et par quartier chaud, je veux dire celui qui faisait figure de proue dans le domaine de la criminalité élevée, de la délinquance juvénile et que sais-je encore. C’était comme si tous les parias, les marginaux du pays étaient parqués là, et vivaient leur vie, loin des regards des autorités.  Il était déjà très tard, et l’on pouvait apercevoir des filles, des travestis et même des homosexuels habillés de manière très suggestive se mettre au coin des rues attendant d’éventuels clients.    Et sur sa droite dans un couloir sombre, se tenait un jeune homme qui ne devait pas avoir plus de la quinzaine, donner de petits paquets à ses clients ; de la drogue surement, analysa Shareef. Il aperçut alors Fayadila descendre du taxi puis se diriger vers un HLM miteux avec des peintures écaillées, salies par les graffitis, la poussière. L’endroit sentait l’urine et la transpiration, bref, tout  ce qu’il y avait de plus repoussant. Mais comment une femme comme elle pouvait vivre dans un taudis pareil, se demanda t-il intérieurement ? Puis, se rappelant lui-même ses origines, comprit. Comme il se sentait snob et condescendant, à ainsi juger les gens alors qu’il n’y avait pas si longtemps que cela, il était dans une situation à peu près pareille, sinon pire. Honteux, il effaça vite ces pensées de sa tête et sortit de sa voiture pour la suivre.
-       Fayadila ! Fayadila ! hurla t-il derrière elle.
Celle-ci se retourna en entendant son nom et ouvrit des yeux tout ronds en le voyant.
-       Non mais vous êtes malade ? qu’est ce que vous faites ici ? ce  n’est pas un endroit pour vous ici, rentrez chez vous ! dit elle en se précipitant à l’entrée de l’immeuble.
Shareef sourit. Etant très athlétique, il atteignit l’immeuble en moins de 5mn et parvint même à l’empêcher de lui bloquer l’entrée. Ils entrèrent tous les deux au rez-de-chaussée, puis ils prirent l’ascenseur. Un silence pesant planait, et personne n’osait dire un mot. Fayadila fixait la porte si intensément qu’on aurait cru qu’elle voulait l’ouvrir du regard pour s’échapper de cette trop grande proximité. Ce soir, elle n’était plus aussi excitée, elle avait peur. Plus elle regardait Shareef, plus elle avait froid dans le dos. Et le pire, c’est qu’elle ne savait pas pourquoi. Elle ne saurait dire si c’était dans son regard ce soir, ou dans son attitude, mais il lui rappelait quelqu’un. Quelqu’un qui avait marqué sa vie à jamais et dont elle ne voulait plus jamais se rappeler…
L’ascenseur s’ouvrit enfin  et ils pénétrèrent dans un couloir mal éclairé. Ils marchèrent quelques secondes et Fayadila ouvrit la porte de son appartement. Décor très spartiate mais assez douillet, pensa Shareef. Elle avait fait avec ce qu’elle avait. Un grand canapé d’angle orange contrastait avec une petite table basse grise dans le salon, qui donnait face à une petite télé. Sur la droite, on pouvait distinguer deux chaises de bar jouxtant la cuisine et un frigo sur lequel étaient collés des tonnes de post its.  Sur les murs, différents tableaux : Audrey Hepburn, Marylin Monroe et une réplique de la Joconde. Shareef fut plus étonné encore lorsqu’il aperçut à côté de la télé une étagère murale sur laquelle étaient placés des livres. Ayant suivi son regard, Fayadila répondit pour lui.
-       Eh oui, je sais lire. Etonnant non ?
Ignorant sa répartie, Shareef resta silencieux et continua son inspection.  Les pièces étaient séparées par un paravent imprimé léopard et il distinguait une pièce où était placée une barre de striptease. Il sourit alors. Elle était sans le sou, mais avait réussi à s’offrir une barre de striptease chez elle. Reportant maintenant son attention sur elle, il essaya de lui parler.
-       Je suis désolé.
-       Tu es marié, lui répondit-elle. Tu me suis depuis près de deux semaines comme un toutou pour une danse privée, tu me fais des avances et tu es marié. Tu dois vraiment être un beau salaud pour faire cela à ta femme. Et elle encore plus idiote de rester avec toi.

-       Oui, je suis le pire des hommes c’est ça ? dit en écartant les bras. Et toi, tu n’es qu’une sale voleuse. Rends moi mon portefeuille salope.

-       Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-elle la mine fermée.

-       Ah bon ? tu ne sais pas dit il en s’enflammant. Tu ne sais pas ?dit-il en ouvrant avec violence la porte de sa chambre ; dans laquelle il se rua pour chercher le dit portefeuille.  Il se mit à déranger ses affaires, renversant un sac par ci, un parfum par la, en mettant sa chambre sans dessus dessous.

-       Arrête ça tout de suite Shareef ! dit-elle en se cramponnant à lui en vain.

Shareef était déchainé, et frustré. Il était venu ici pour s’excuser. Mais de quoi ? D’être marié ? S’excuser auprès de quelqu’un qui l’avait volé qui plus est ? Il était vraiment puéril des fois, pensa t-il. Il était un Kingston, et aucune femme ne devait le mener par le bout du nez de cette façon. Mais cette Fayadila avait quelque chose qui le mettait à la fois dans tous ses états et qui le faisait sortir de ses gongs. Il avait à la fois envie de l’embrasser et la minute d’après de lui tordre le cou. Comme il ne l’écoutait pas, Fayadila se cramponna cette fois à son cou, pour essayer de l’empêcher de respirer. Ils se bagarrèrent ainsi jusqu’à ce que Shareef se retourne brutalement, de sorte à se retrouver face à elle. Et Fayadila avait toujours les mains autour de son cou mais, ce qui donnait l’allure d’une bagarre avait fait maintenant place à une tension sexuelle incroyable. L’électricité qu’il y avait dans cette pièce aurait pu alimenter tout un centre commercial.
Plus rien ne bougeait et tous les deux, Shareef comme Fayadila étaient silencieux,  interdits, attendant sans doute celui qui allait passer le point de non retour.
Shareef fonça sur elle, tel un aigle sur sa proie. Il goutait sa bouche, la dévorait. Ses gestes étaient hésitants, fébriles. Il était si troublé qu’il voulait la toucher partout à la fois, pour garder ce moment gravé en lui. Il se mit à embrasser ses yeux, sa bouche, puis fit des petites arabesques avec sa langue vers son cou tout en lui chuchotant ô combien il la trouvait belle et séduisante. Fayadila répondit à son baiser avec ardeur, et ferma les yeux. C’était tout simplement exquis. Elle se sentait voler, vers un endroit paisible, inconnu. Les pointes de ses seins devinrent dures  et elle se frotta de manière lascive contre lui, pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Shareef en devenait fou. Il  lui retira son haut et put avoir une vue imprenable sur ses seins fermes, bien ronds. Il les pétrit de sa main, et en agaça les pointes jusqu’à ce que Fayadila frissonne sous ses doigts. Fayadila qui avait toujours les yeux fermés était comme dans un rêve. Elle les rouvrit alors pour s’assurer que tout cela était bien vrai et rencontra le regard fiévreux, empli de désir de Shareef. C’est à ce moment que la sensation glauque qu’elle avait ressenti dans l’ascenseur revint. Elle avait déjà vu ce regard, mais où ? Puis, comme dans un flashback, elle se revit dix ans plus tôt, contre un mur dans un couloir sombre, pleurant, implorant son tortionnaire de l’épargner. Celui-ci ne l’entendait pas, trop occupé à lui faire du mal. Il lui fermait la bouche de ses mains, lui serrait le bras si fort qu’on aurait dit qu’il voulait le lui arracher. Elle sans défense, pleurait, et priait, pour que quelqu’un la trouve dans ce quartier malfamé et la sauve... Elle revit alors ce regard, ce même regard qui l’avait hanté pendant des années et une foule de souvenirs douloureux menacèrent déjà de refaire surface.
-       Non, arrête ! lâche-moi ! nooon !!!
Shareef sursauta comme s’il avait été brûlé. Mais qu’est ce qu’elle avait encore ? Cette fille avait le don de l’émoustiller pour ensuite le laisser comme cela, sur sa faim. Le corps brulant, le regard vitreux et le pantalon gonflé, signe de son excitation manifeste, il la regarda, ahuri.
-       Va-t’en s’il te plait. Supplia t-elle.
Shareef aurait pu prendre son portefeuille et s’en aller – ce qui aurait été plus intelligent en effet- mais sa curiosité avait pris le dessus. Le quasi délire dans lequel elle était entrée quelques minutes plus tôt l’intriguait. Avait-elle peur de lui ? Avait-elle vécu une expérience traumatisante ? Il fallait absolument qu’il en sache plus. Cette nouvelle facette de Fayadila réveilla l’instinct protecteur en lui et il avait déjà envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter.
-       Allons marcher, lui intima t-il.
-       Je suis fatiguée. Et je n’ai pas envie de marcher. Rentre chez toi s’il te plait.
-       Habille-toi chaudement. Je t’attends dehors, lui ordonna t’il, sans même prêter attention à ce qu’elle avait dit.
Fayadila, encore frissonnante s’exécuta. Shareef sourit intérieurement, content qu’elle l’ait écouté pour une fois. Il la laissa seule dans l’appartement et alla l’attendre dehors comme convenu. Lorsque celle-ci ressortit quelques minutes plus tard, elle était sans maquillage, un pull col v assorti d’un collant tellement serré qu’on aurait dit qu’il était peint sur son corps et de simples chaussures de marche. Et quant à ses cheveux, elle les avait attachés en queue de cheval. Shareef, qui la voyait pour la première fois au naturel, la trouva encore plus belle et plus sexy que jamais. Et déjà, le désir revenait, fort, impérieux.  Fayadila alluma une  cigarette et monta dans sa voiture. Elle avait horreur de ce sentiment de vulnérabilité qui s’emparait d’elle et  était encore plus énervée parce que Shareef avait vu ce côté d’elle. Il fallait immédiatement qu’elle mette les choses au clair, qu’elle reprenne ses esprits et vite.
Ils roulèrent  jusqu’à la long Beach, une plage se trouvant à la sortie de la ville. Ils descendirent de la voiture, retirèrent leurs chaussures et marchèrent pendant un long moment, silencieux. La lune était haute dans le ciel, ce qui donnait une couleur bleue nuit  à la mer, la rendant presqu’irréelle. Les vagues, violentes se gonflaient à l’horizon pour venir s’écraser dans un grand bruit à leurs pieds. Le sable quand à lui était chaud malgré le vent et c’est avec délice que Fayadila s’y enfonça les pieds.
-       J’adore écouter les vagues. Je crois que j’ai toujours aimé cela, commença Shareef.
Fayadila ignora son aveu et continua de marcher, tout en prêtant cependant une oreille attentive à ce qu’il allait dire.
-       Je suis désolé de la scène de tout à l’heure, mais reconnais que tu l’as bien cherché. Et oui, je suis marié. Mais seulement sur le papier. Ça fait des mois que l’on ne se parle même plus et en plus…
-       Je m’en fiche Shareef. Honnêtement, je me fiche de ta vie, de tout ce tout ce qui est lié de près ou de loin à toi, et encore moins de ce que tu aimes. Que tu ais une femme ou non cela ne fait aucune différence pour moi, dit elle en allumant une autre cigarette. On n’est ni amis, ni amants. J’étais juste venue te remettre ta bague, c’est tout.
-       Cette situation, te plait hein ?
-       De quoi tu parles ? demanda t-elle.
-       De pouvoir jouer avec moi comme ça, me manipuler à ta guise, ça t’amuse hein ? Une chose m’intrigue toutefois. Tous les hommes de la ville ont posé les mains sur toi, toutes les racailles de ce quartier surement alors pourquoi diantre  jouer à la  vierge effarouchée ? 
-       Ok, je crois que je vais rentrer là. Dit-elle en s’éloignant.
-       Tout à l’heure lorsqu’on était dans ton appartement, qu’est ce qui s’est passé ?  continua t-il en la rattrapant.
-       Ce n’est pas ton problème, mêle toi de ce qui te regarde, Ok ?
Il s’arrêta alors qu’elle continuait de marcher vers la voiture et secoua  la tête, à la fois incrédule et subjugué.
-       Tu es tellement différente ce soir.
Elle se retourna lentement et marcha d’un pas assuré vers lui.
-       Tiens donc, dit-elle en lui exhibant sa poitrine généreuse sous le nez, retrouvant son regard sexy de stripteaseuse. Et en quoi ?
Cette fois, c’est lui qui s’écarta d’elle, et la regarda droit dans les yeux.
-       La première fois que je t’ai vue, tu m’es apparue haute en couleurs, libertine, prête à tout pour séduire, imbue de sa personne, malhonnête, cupide et indifférente, sans moralité aucune, ni parole. Et ce soir, tu es… comment dire, plus humaine.  Et tu m’as l’air de ne pas être idiote non plus. Pourquoi vivre cette vie alors ? le striptease, les bars, tu n’as jamais songé à changer de vie ? faire autre chose ?
Fayadila fit mine de réfléchir une seconde, puis retroussa les lèvres en une moue sexy. Ensuite, elle se rapprocha encore plus de lui jusqu’à ce que leurs bouches soient près de se toucher.
-       Je le répète. Ce n’est pas ton problème. Le personnage que tu as dépeint en premier, c’est moi. L’autre est une vision de ton esprit, une chimère que tu espères voir se réaliser, dit elle en rejetant de la fumée par les narines. Je suis ce que je suis. Frivole et tout ce que tu veux, mais je suis moi.  Le fait de ne pas être fréquentable me convient parfaitement. Sur ce, je dois y aller. Il va bientôt faire jour. Il ya des gens qui bossent dur pour gagner leur vie, termina t-elle en se retournant à nouveau vers la voiture.
Shareef se dit qu’il était peut être fou, mais elle avait raison. Elle n’était pas faite pour lui. Elle représentait à elle seule tout ce qu’il devait éviter à tout prix. Il savait que s’il entrait dans son jeu, il risquait de s’y perdre. D’un autre côté, sa fierté d’homme refit surface et ce n’était plus le Shareef compatissant, mais le séducteur qui reprit sa place, lui ramenant en tête ce qu’il avait toujours voulu depuis le début. Il fallait qu’elle soit sienne. Après, il aviserait. Et qui sait, peut être qu’après une nuit avec elle il se lasserait…
Il courut vers elle et, lui attrapant le bras, la força à le regarder en face. Lorsque ce fut fait il l’attira à lui. Là, il lui caressa les cheveux et la joue avec une tendresse qui émut Fayadila. Jamais personne ne l’avait touchée ainsi, comme si elle était faite de porcelaine. Il resta interdit, comme s’il hésitait, puis l’embrassa enfin. Ce baiser, elle ne l’oublierait jamais. Il était doux, apaisant. Il n’était pas seulement la manifestation du désir mais dans ce baiser, Fayadila se sentait comme dans une bulle, protégée par Shareef, comme si rien ne lui arriverait jamais. Dans ses bras, elle se sentait littéralement fondre comme neige au soleil. Puis très rapidement, la tendresse laissa la place à la passion, au désir qu’ils avaient tous deux réprimé depuis si longtemps. Shareef l’embrassait partout et à chaque endroit à la fois, l’empêchant de réfléchir.   Fayadila défit prestement les boutons restant de son pantalon sans vraiment y arriver, tandis que lui aussi se débattait avec son haut. Lorsqu’ils furent tous deux nus, Shareef l’allongea sur le sable et enleva l’élastique qui retenait ses cheveux. Il plongea les mains dans ses longs cheveux noirs tout maintenant son regard vissé au sien.
-       Tu es magnifique, chuchota t-il en se baissant vers les trésors de son entrejambe.
Fayadila retenait à grand peine son plaisir. Mon dieu, comme c’était bon ! Shareef avec sa bouche l’explorait, la titillait, la mordillait, l’emmenant au summum du plaisir. Fayadila haletait, gémissait, se retenant de hurler qu’elle n’en pouvait déjà plus de cette si douce torture, qu’elle avait envie qu’il vienne en elle, fort, puissant. Lorsqu’il eut finit, il remonta lentement vers elle en embrassant ses cuisses, son ventre plat, le creux de ses seins, les pointes de celles-ci puis revint enfin à sa bouche qu’il dévora avidement. Fayadila se colla contre lui,  quémandant encore plus de caresses de sa part, affamée. Shareef maintenant au dessus d’elle, arrêta de l’embrasser et la regarda encore. Sous les effets de la lune, il avait l’air d’un dieu grec, avec sa musculature puissante, ses lèvres pleines, sa barbe de deux jours. Fayadila en eut le souffle coupé. Il entra alors profondément en elle, et Fayadila hoqueta, à la fois d’étonnement et de plaisir infini. Puis, tout alla très vite. Déjà, il la porta loin, très loin…
Shareef se réveilla quelques heures plus tard tout nu dans le sable, les cheveux en bataille. Aucune trace de Fayadila. Il n’était que 6 heures du matin mais les pêcheurs devaient déjà se diriger vers cette partie de la plage, aussi il s’habilla rapidement. Au moment d’enfiler sa veste, en touchant la poche et se rendit compte que son portefeuille était revenu à sa place. Il balaya une dernière fois la plage du regard dans l’espoir de la retrouver, puis, en soupirant, se rendit à sa voiture.

James se rendait comme tous les matins à son bureau le cœur lourd. Depuis que son père avait annoncé sa sordide condition, James avait cherché partout, depuis les Blind dates jusqu’aux rendez vous arrangés par ses amis, il n’avait toujours personne. Alors vous imaginez déjà que ce serait une véritable gageure de faire un enfant ! Surtout que son père voulait que ce soit fait selon la manière traditionnelle, c'est-à-dire, rencontre, fiançailles, mariage, puis les enfants.  Quand il pensait que cet idiot de Shareef avait une femme et ne pouvait même pas lui faire d’enfant, il en était malade. Il était tout à ses pensées quand sa secrétaire entra en trombe dans son bureau, sans même frapper.
-       Qu’est ce qu’il ya encore Ashleigh ?
-       Monsieur Kingsley, il faut vraiment que vous voyez ça, dit elle en posant un magazine people sur sa table de travail.
-       Tu sais pourtant très bien que je ne m’intéresse pas aux tabloïds, pourquoi m’en apporter ?
-       Oh je suis sûre que  celui la va beaucoup vous intéresser au contraire, martela Ashleigh.
Il se mit à lire alors le titre du magazine pour voir de quoi celui-ci parlait. Puis ses yeux s’écarquillèrent comme deux soucoupes, et un immense sourire vint se dessiner sur sa bouche. Il n’aurait pas pu mieux rêver. La chance lui tombait littéralement du ciel là. En effet, sur ce magazine, l’on pouvait clairement voir les images de Sharon en pleurs, et de Fayadila empoignant Shareef à la table d’un grand restaurant.  Le titre n’en était que plus accrocheur ;  et sur une autre photo, on pouvait voir Sharon devant les marches du restaurant, dans un piteux état.
-       Ça alors, lança il le sourire toujours aux lèvres. Ashleigh excusez moi, je dois me rendre au bureau de mon père à l’instant, dit-il en lui adressant un clin d’œil. 
-       Mais bien sur monsieur, lui répondit-elle en lui renvoyant un sourire complice.
Prince lisait tranquillement ses dossiers quand James entra lui aussi, sans frapper. Prince le fusilla du regard puis désigna la porte de la main.
-       Sors de mon bureau et retourne frapper, ce n’est pas un moulin ici.
Cette fois James ne s’exécuta même pas. Ignorant son père, il vint se poster devant lui et lui jeta le magazine à la figure.
-       Regarde les dernières infos de ton fils chéri. Moi, je travaille ici tous les jours pour faire des profits, et lui que fait-il ? il aligne les conquêtes. C’est d’un tel successeur que tu veux ? quelqu’un  qui laisse sa femme sur les marches d’un restaurant pour suivre une prostituée ? C’était déjà insultant que tu nous mettes sur le même pied d’égalité mais là tu as la preuve irréfragable que c’est moi qui devrait te succéder papa. Tu pourras penser ce que tu veux, mais les faits sont là. Au moins, tu sauras qu’il te ment quand il t’inventera un prétexte bidon pour son absence de ce matin. Tu sais, je ne suis peut être pas marié, mais je sais ce que cela implique d’avoir une société et de m’occuper des employés. Et je suis en train de tout faire pour me trouver une femme.
Prince était médusé devant les photos du magazine en question. Il était outré au plus haut point. La vie de sa famille était étalée au grand jour de la sorte, tout cela à cause de Shareef. Il allait l’entendre, il allait  lui montrer de quel bois il se chauffe.
-       Tu as fini ? Demanda-t-il à James. Merci pour le magazine, mais une fois encore, ça ne te rendra pas plus apte à ce poste. J’ai donné une condition, tu te rappelles, crétin ? et aucun de vous ne l’a respectée jusque là. Lui au moins il aligne les conquêtes, Toi tu dors avec tes coussins la nuit. Je vais régler ce qui doit être réglé avec Shareef. Occupe-toi de me ramener une belle fille au plus vite si le poste t’intéresse. Et pour la dernière fois, ne rentre plus jamais dans mon bureau sans frapper, c’est clair ?

-       C’est bon je m’en vais, dit James en levant les mains en signe de reddition. Médite bien sur ce que je viens de te dire papa.

-       C’est ça. Ferme la porte en sortant.

Prince serra les poings, parvenait à grand peine à contenir sa fureur. Non mais pour qui se prenait Shareef à la fin ? A trainer ainsi leur nom dans la boue ? Il se sentait tellement mal pour Sharon. Elle devait être inconsolable en ce moment et au lieu d’être auprès d’elle, son imbécile de fils était sans doute dans les bras d’une fille de joie. Il se tint la tête entre les mains. Qu’allait-il bien pouvoir faire de lui ? Il voulut d’abord aller l’attendre chez lui mais pour pouvoir laisser Sharon digérer tout cela, il décida de l’appeler pour lui remonter les bretelles.
-       Allô ? Papa ? il ya un problème ? demanda Shareef, inquiet.
-       Tu oses m’appeler comme cela, alors que tu ne me respectes même pas, que tu ne respectes même pas ta famille, que tu ne respectes même pas ta femme ?
-       Papa laisse moi te…
-       Ferme la Shareef. Tu me dégoutes. Passe encore que tu aies des tonnes de maîtresses, mais le médiatiser, ça c’est pire que tout. Est-ce de cette manière que ta mère et moi t’avons éduqué ? Comme un homme irresponsable ? qui ne suit que les désidératas placés en dessous de sa ceinture ? je suis tellement déçu Shareef. Je ne suis pas le meilleur des pères et je ne m’en vante pas, mais tu n’avais pas le droit de trainer ainsi notre nom dans la bouche de tous les médias. As-tu la moindre idée de ce que ressent Sharon en ce moment, tu n’y as pas pensé hein imbécile !
-       Papa…
-       Je crois que je vous ai  assez laissé faire ces temps ci ton frère et toi. Je diminue le délai à 3 mois.  Si d’ici trois mois tu n’es pas devenu un homme responsable et digne de confiance, je liquide la société à quelqu’un d’autre Shareef. Si ta famille ne représente rien pour toi, j’espère que cette société représente au moins quelque chose pour toi.
-       Papa ! cria Shareef pour essayer de s’expliquer. Mais Prince avait déjà raccroché. Le cœur de Shareef se mit à battre sourdement, le sang pulser à ses tempes. Il avait vraiment merdé et il le savait. Et à cet instant il sentait tout le poids de l’acte qu’il avait commis. Non seulement son père était en colère contre lui, mais en plus, cela laissait une ouverture à James.
-       Merde ! cria t-il en tapant son volant des mains. Il avait tout fait foirer, et tout ça pour le coup d’un soir. Il était sûr que c’était Sharon qui lui avait dit et il ne lui en voulait même pas. Il était triste pour elle. Il lui avait fait tellement de mal. Il fallait qu’il reprenne les choses en main. Ne serait ce que pour sauver les apparences. Lorsqu’il rentra chez lui, il était 10 heures. Il trouva Sharon assise à la salle à manger en train de travailler. Il vint s’asseoir en face d’elle.
-       Il faut qu’on parle.
Sharon agissait comme s’il n’y avait personne dans la pièce. Elle continua de pianoter sur son ordinateur, comme si de rien était. Son visage n’était ni renfrogné, ni heureux. Son visage était glacial, indifférent. Ce qui faisait plus peur à Shareef parce que Sharon disait toujours ce qu’elle avait sur le cœur et si aujourd’hui elle gardait un silence lourd, il n’imaginait même pas  ce que ça serait quant elle exploserait.
-       Bon, si tu ne  veux pas me parler, tu peux au moins m’écouter non ? argua t-il. Sharon je sais qu’actuellement tu me détestes, que je suis la dernière personne que tu aies envie de voir actuellement…
Il n’eut pas terminé sa phrase que Sharon débrancha tranquillement le chargeur de son Macbook, le roula en boule et quitta la pièce, le laissant planté la. Shareef ne se découragea pas pour autant et la suivit jusque dans leur chambre commune. Lorsqu’il entra, elle était sous la douche. Il battit en retraite et se promit qu’ils auraient une conversation dans la soirée. Il alla dans la chambre d’amis prendre une douche également et se coucha sans trouver le sommeil. Lorsqu’il sortit enfin de sa torpeur, il demanda aux employés où se trouvait Sharon, mais personne ne savait. Il attendit et regarda s’égrainer les heures, les minutes, les secondes, jusqu’à ce qu’elle klaxonne enfin au portail. Il était 21heures précises. Il avait tellement attendu qu’il ne prit pas la peine de s’habiller et seulement vêtu d’un boxeur et t-shirt, il alla l’attendre dans leur chambre. Sharon rentra et l’ignora superbement. Elle déposa son sac, se déshabilla comme si elle était seule dans la pièce et alla prendre sa douche. Shareef en attendant remarqua une robe de soirée noire brillante déposée sur le lit. Son sang ne fit qu’un tour. Où allait-elle ? Et avec qui ? Il savait qu’il était vraiment des plus mal placés pour être jaloux mais son orgueil de mâle avait ressurgi sans qu’il ne s’en rende compte. Sharon sortit de la douche et s’habilla machinalement, puis se maquilla. C’était la robe la plus courte que Sharon n’aie jamais porté. Et ce soir, il la trouvait presque sexy, pensa t-il. Avec sa bouche mutine et son grain de beauté juste au dessus. Le rouge vif de ses lèvres accentuait leurs courbes. Et le décolleté plongeant de sa robe ne laissait aucune place à l’imagination concernant sa poitrine galbée. Oui, ce soir il la trouvait plus fraîche. Appétissante même. Lorsqu’elle finit de se préparer, toujours dans un silence de plomb, elle prit son sac et se dirigea vers la porte. Shareef lui barra le passage.
-       Il faut que nous parlions.
Sharon le contourna et il fit de même. Elle essaya de passer mais il lui bloquait définitivement le passage.
-       Je peux savoir au moins où tu vas ?
Sharon était fermement décidée à ne pas lui parler et voulu forcer le passage. Mais rien n’y faisait. Shareef était beaucoup trop grand et trop fort. Elle fit un effort surhumain pour parler avec désinvolture.
-       Laisse-moi passer Shareef.
-       Où est ce que tu vas ? il faut qu’on parle.
-       Je n’ai plus rien à te dire depuis hier, lorsque tu as couru après cette fille de bas étage. Et tu es très mal placé pour me poser ce genre de question. Laisse-moi passer, j’ai des choses à faire. La vie est vraiment drôle tu sais. Lorsque je te disais tout le temps où j’allais, tu t’en fichais royalement et maintenant tu insistes pour tout savoir juste parce que ton égo mal placé ne peut pas le supporter. Tu me fais pitié Shareef. Dégage ! dit elle en le poussant.

Shareef se laissa faire, vaincu par les mots de sa femme. Là, il avait l’impression d’être l’homme le plus minable de toute la terre.

Sharon démarra la voiture en trombe, en retenant son souffle. Elle avait réussi ! Même si ça lui en coûtait, elle était passée de la gentille Sharon à celle qui le méprisait. Pas qu’elle suive les conseils de sa mère à la lettre mais elle utilisait certaines de ses techniques pour qu’il se sente plus mal encore pour ce qu’il lui avait fait. Elle avait envie de boire ce soir, de faire la fête. Pas parce qu’elle était de bonne humeur mais pour penser à autre chose.  Elle voulu d’abord aller au Timesquare, mais vue la clientèle huppée, elle serait forcément la cible de nombreux paparazzis. Elle roula donc sans but précis se disant qu’elle choisirait au feeling. Elle arriva devant un bar qui mélangeait assez bien deux contrastes différents. Il n’était ni trop snob ni trop bon marché, et  était assez bien côté sécurité. Il s’agissait du Yellow Grimm, un bar lui aussi très en vogue au Sangala. Elle y entra comme si elle allait dans une église, tellement cela faisait longtemps qu’elle n’était pas sortie. A l’intérieur, la décoration était encore mieux que dehors. Le bar était paré d’un décor futuriste, avec ses tables en verre transparent à intérieur desquelles il y avait un foisonnement de couleurs, toutes plus festives les unes que les autres. Les jeux de lumières roses et bleus ajoutaient un charme à tout ce brouhaha, donnant ainsi une ambiance tamisée. Sharon regarda avec admiration les barmans qui jouaient  d’ingéniosité en faisant virevolter les bouteilles tels des jongleurs ou même des prestidigitateurs, tant cela relevait du pur spectacle. Un peu timide, elle s’assit à une table et commanda un martini  comme apéritif. La piste de danse était remplie, grouillant de personnes aussi bien adultes, d’âge mur, que d’adolescents. Sharon regarda les adolescents avec une pointe de nostalgie, d’envie même. Elle donnerait tout pour retourner à cet âge où il n’y avait aucune inquiétude sinon celle du béguin du moment. Cela l’attrista encore plus, et, se retournant face au barman, demanda une téquila. Au fur à mesure que la soirée s’écoulait, elle avala téquila coup sur coup. Pour se changer les idées, pour oublier. Dans ses pensées troublées par la boisson, il n’y avait ni Shareef, ni même de problème d’enfant. Il n’y avait que cette douce euphorie qui la traversait et un tel sentiment de liberté…
-       Sharon ! mais putain qu’est ce que tu fous ici ?
Sharon se retourna, quelque peu pompette et reconnut son beau frère. Mince, se dit-elle. Voilà l’emmerdeur de service. Elle aurait sûrement droit à un bon vieux sarcasme ou une répartie cinglante de sa part pensa t-elle encore, en se préparant aux insultes. Au lieu de cela, James la prit par l’épaule et payant sa consommation, l’aida à se lever.
-       Je n’ai pas besoin de toi, dit-elle d’une voix pâteuse. Je n’ai b…besoin de personne.
-       J’en suis certain, mais là tu ne peux même pas tenir sur tes deux jambes. Tu me rembourseras plus tard si tu veux, mais pour l’instant, rentrons.
-       Lai…laisse moi ! vous êtes tous pareils de toute façon. Un Kingsley n’en vaut pas un autre !
James ignorant ses déblatérations et adressa un signe de tête entendu au barman qui leur ouvrit la porte de derrière. Sharon avait l’impression de glisser sur le sol. James ne lui tenait que l’épaule mais elle avait l’impression qu’il la portait. Ses jambes ne lui répondaient plus et elle commençait à avoir sommeil.

Sharon ouvrit les yeux. Il devait être dans les 4 heures du matin. Pourtant, son réveil n’avait pas sonné. Elle se retourna du côté de son lit mais n’aperçut qu’une veilleuse simple. Elle fixa alors le plafond, mais là également, elle ne reconnut pas les lieux. Puis, la soirée de la veille lui revint brutalement en mémoire. Elle se revit boire, encore et encore, jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus la porter. Puis elle se rappelait d’avoir vu James ; celui-ci l’avait porté puis plus rien. Alors s’il l’avait ramenée chez elle, pourquoi ne reconnaissait pas t-elle l’endroit ? A moins que…
-       Mon dieu, qu’est ce que j’ai fait ?
Elle regarda alors de l’autre côté du lit et trouva un James nu, qui dormait paisiblement auprès d’elle…


1 commentaire: