En reposant son téléphone, Sharon resta
assise là, hébétée, perdue dans ses pensées, les larmes aux yeux. Dans son cœur
se mêlaient la confusion, une rage sourde qui l’empêchait même d’entendre les
bruits alentours, la trahison mais surtout une infinie tristesse qui lui
striait l’estomac et formait une énorme boule dans la gorge. Et dire qu’elle avait voulu qu’ils repartent à zéro.
A cette pensée, en sourit avec dérision, se rendant compte de sa propre bêtise.
Elle s’était faite belle, pour un homme qui ne la regardait même pas. Ce soir
en était la preuve irréfutable. Elle regarda sa robe avec dégoût .Elle
avait espéré, tant espéré que ce soir allait être un nouveau tournant pour eux.
Mais au lieu de cela, elle n’avait eu que le goût amer de la déception et de
l’humiliation. Les larmes qu’elle contenait depuis si longtemps se mirent à
perler sur ses joues. Elle avait envie hurler, de crier si fort, mais il y
avait tous ces gens dans le restaurant et elle s’était assez ridiculisée comme
ça. Elle sortit alors du restaurant et s’assit sur les marches qui menaient à
l’entrée, dehors. Les passants la dévisageaient, étonnée de voir une aussi
ravissante et riche femme assise là, le mascara saccagé par ses larmes, les
cheveux en bataille, la mine déconfite. Les paparazzis quant à eux n’auraient
pas pu rêver d’une meilleure scène. Ils la mitraillaient avec leurs appareils,
pendant que d’autres lui posaient déjà des questions, essayant de tirer le plus
d’information possible. Sharon, comme anesthésiée les entendait à peine.
Tellement d’émotions se mêlaient dans sa tête qu’elle aurait pu en devenir
folle. Elle n’en pouvait plus. Elle était fatiguée de cela. Fatiguée de
chercher à faire revivre une relation qui était déjà finie, elle en avait assez
d’encaisser sans rien dire, elle était à bout. Et si elle se laissait consumer
par tout cela, elle risquait fort d’en mourir, pensa t’elle.
- Lève-toi, tu es pathétique. Lui
intima sa mère qui venait d’arriver.
Sharon qui ne s’en était même pas rendu
compte, leva les yeux vers elle, comme si elle n’avait pas entendu.
- Lève toi je te dis, lui répéta sa
mère en l’aidant à se mettre debout.
Sharon se leva tant bien que mal puis comme
un automate monta dans la Mercedes de sa mère. Une fois à l’intérieur, elle
garda un silence buté, honteuse d’appeler encore sa mère à la rescousse alors
qu’elle était une adulte.
- Tu ne vas pas me dire ce qui
s’est passé, n’est ce pas ? Lui demanda Afodilé.
Sharon regarda sa mère longuement. Elle
devait vraiment être pathétique pour pouvoir l’appeler. Elle avait toujours eu
des relations très tendues avec sa mère, et cela depuis son adolescence, à la
mort de son père. Elle avait alors découvert en sa mère un individu fourbe,
retors, avide et aigrie, ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins,
quitte à faire du mal à sa famille, à les blesser. Et son père en avait fait
les frais. Même si aujourd’hui elle s’était « repentie » et faisait
tout pour que les choses s’arrangent entre elles, Sharon soupçonnait toujours
qu’au moment où elle s’y attendrait le moins, sa véritable facette ressortirait
et lui donnerait raison. Aussi, c’était toujours avec réserve et méfiance
qu’elle s’adressait à celle-ci ou qu’elle lui confiait ses problèmes. Pas
qu’elle n’aimait pas sa mère, loin de là. Mais quand on avait appris à vivre
avec des gens de l’espèce de sa mère, on se rendait vite compte que certaines choses ne changeraient
jamais, même si on priait très fort ou qu’on le voulait de toutes ses forces.
Et elle avait appris à aimer sa mère comme elle était, avec ses nombreux
défauts, mais aussi avec le peu de qualités qu’elle avait. Et si elle avait une
qualité, c’était bien sa franchise. Voilà pourquoi elle l’avait appelée. Elle
avait besoin qu’on lui dise les choses en face, pour qu’elle puisse bien se les
rentrer en tête, se dit t’elle. Et sa
mère allait le faire à merveille.
- Il n’y a rien de spécial. On
devait diner ensemble. On est à peine arrivés quand une espèce de greluche est
apparue dans le restaurant et a commencé à faire une scène en empoignant
Shareef. La minute d’après, elle jetait sa bague dans une flûte à champagne et
est partie, Shareef sur ses talons.
- Une greluche ? la
bague ? je ne comprends rien! tu voudrais bien m’expliquer ce qui se passe
à la fin ?
- Il a une maîtresse maman. Et il
avait laissé sa bague mariage chez elle. Rentrons maman, nous en parlerons
là-bas, dit-elle en se murant à nouveau dans un silence pesant.
Afodilé soupira et se mit à rouler à vive
allure jusqu’à leur maison. Une fois arrivée, Sharon claqua la portière et se
précipita dans la maison. Lorsqu’elle arriva enfin dans sa chambre, suivie de
sa mère, elle alla à son placard, en sortit une valise, puis se mit à vider
progressivement le contenu de son placard vers celle-ci.
- Mais qu’est ce que tu fais
Sharon ? Sharon ! Sharon merde écoutes ! dit elle en lui
empoignant le bras, l’empêchant ainsi de continuer dans son élan.
- J’en ai assez maman, assez !
dit-elle les larmes aux yeux. A chaque fois que je pense à lui, mon cœur se
brise maman, je n’en peux plus de souffrir comme ça. Ce n’est pas une vie. Je
n’ai pas signé pour ça.
Afodilé resta muette pendant ce qui dura à
peu près une minute en regardant sa fille sangloter, puis éclata d’un rire
tonitruant dans la chambre.
- Tu n’en peux plus ? non mais
tu t’attendais à quoi ? sérieusement ? Tu croyais que le mariage
était un long fleuve tranquille, qu’il te jurerait amour et fidélité
éternelle ? Non, ma fille, non ! c’est dur le mariage, c’est
douloureux. Et ce que tu dois savoir aussi, c’est que c’est un contrat ou
chacun tire son intérêt, rien de plus. Qu’est ce que tu as gagné en jouant les
épouses soumises, fidèles, qui ferment les yeux sur tout, hein, dis moi !
- Maman…
- Non, c’est toi qui va m’écouter
maintenant. Tu as supporté pendant 7 ans ses infidélités, ses sautes d’humeur
et je ne sais quoi encore pour le laisser maintenant, alors qu’il est à deux
doigts de devenir l’héritier de Prince ? non mais ça ne va pas la
tête ?
- Mais de quoi tu parles ?
demanda Sharon, incrédule.
- C’est partout dans les
journaux ! Prince cherche son
successeur à l’entreprise. Et si Shareef le devenait ?
- Je me moque de son argent maman.
- Ce n’est pas une question
d’argent nom de dieu ! je te parle
d’intérêts en tous genres ! le prestige, tu iras n’importe où n’importe
quand, tu auras accès à tout ma fille. Tu ne crois pas qu’après avoir tant
souffert, tu mérites une petite compensation ?
Sharon regarda sa mère, et finit
par se dire en elle-même que quelque part, sa mère n’avait pas si tort. En
effet, qu’avait elle gagné à jouer l’épouse aimante ? Rien. Ni plus
ni moins que le mépris, l’humiliation et l’indifférence de son époux. Sharon se
laissa tomber sur le lit et, pour la
première fois depuis très longtemps, s’adressa à sa mère le regard suppliant.
- Qu’est ce que je dois faire
maman ?, assena t’elle d’une voix
sourde en se tenant la tête entre les mains, sentant déjà venir à nouveau les
larmes.
Afodilé sourit, puis caressa ses
cheveux doucement. Enfin, elle allait pourvoir mettre son grain de sel et
pouvoir en tirer le plus de profit possible dans cette affaire. Sa fille avait
trop longtemps jouée les petites ingénues et par respect pour elle, elle,
n’avait jamais mis le nez dans ses affaires mais là, Sharon lui demandait
directement son aide. Elle allait plumer cette famille, s’imagina t’elle,
souriant intérieurement. Oh oui, elle et sa fille allaient se faire plein
d’argent.
- C’est simple Sharon. C’est
terminé, la Sharon idiote, béni oui oui, la compréhensive, qui pardonne tout,
qui est la seule à se remettre en question. Ces comportements auraient valu la
peine pour un mari qui te respecterait. A partir de ce soir, tu dois porter un
masque d’impassibilité et de mépris. Fixe toi des objectifs, et atteint les par
tous les moyens. Par tous les moyens Sharon, c’est fini les pleurs. Et rien ni
personne ne devra t’écarter de cela. Ni l’amour, ni l’amitié, ni même moi ma
fille. L’hypocrisie sera être ton arme, la perfidie ton domaine de
prédilection. Tu devras te les mettre tous dans la poche, un à un. Depuis
Prince jusqu’au plus petit personnel de maison. Une fois que tu auras quadrillé
ton territoire, tu élimine tout ce qui pourra t’empêcher de donner un enfant à
Shareef. Il doit être à tes pieds. Et après,
seulement après ma fille, la vengeance.
Sharon écouta la longue tirade de
sa mère avec sérieux. Puis se sentit vraiment désespérée. Non, elle n’était pas
comme ça. Elle aimait Shareef, aveuglément, passionnément, irrémédiablement. Et
si ça ne marchait pas entre eux, et bien, ils se sépareraient et voilà. Elle ne
voulait pas lui faire du mal, même si elle en avait gros sur le cœur. Elle ne
pouvait tout simplement pas, elle ne voulait pas… devenir comme sa mère. Elle clarifia le fond de ses pensées à sa
mère.
- Non… je ne peux pas maman, je ne
veux pas. Je ne suis pas comme toi et jamais je ne le serai.
Afodilé leva les yeux au ciel d’exaspération
puis se leva du lit sans un mot. En se dirigeant vers la porte, elle adressa un
dernier regard à sa fille.
- Oh si tu le deviendras, et tu
seras même pire ma chérie. Et je n’aurai même pas à te suggérer quoi que ce
soit, la vie et les circonstances s’en chargeront à ma place. Le choix est tien
maintenant, ou tu abandonnes ce pour quoi tu es restée inconditionnellement par
le passé, ou tu restes et tu lui fais mordre la poussière. Sur ce, bonne
soirée. termina-t-elle en claquant la porte de la chambre.
Sharon sursauta, fixant la porte
par laquelle sa mère avait disparu.
Shareef suivait toujours le taxi
depuis à peu près une demi-heure maintenant. Mais où habitait t-elle ? Il
tourna à un rond point, puis bifurqua su sa gauche à un carrefour. Enfin le
taxi s’arrêta. Shareef était tellement concentré sur la route qu’il n’avait pas
remarqué qu’il s’était retrouvé dans Bangkok city, l’un des quartiers les plus
chauds du Sangala. Et par quartier chaud, je veux dire celui qui faisait figure
de proue dans le domaine de la criminalité élevée, de la délinquance juvénile
et que sais-je encore. C’était comme si tous les parias, les marginaux du pays
étaient parqués là, et vivaient leur vie, loin des regards des autorités. Il était déjà très tard, et l’on pouvait
apercevoir des filles, des travestis et même des homosexuels habillés de
manière très suggestive se mettre au coin des rues attendant d’éventuels
clients. Et sur sa droite dans un
couloir sombre, se tenait un jeune homme qui ne devait pas avoir plus de la
quinzaine, donner de petits paquets à ses clients ; de la drogue surement,
analysa Shareef. Il aperçut alors Fayadila descendre du taxi puis se diriger
vers un HLM miteux avec des peintures écaillées, salies par les graffitis, la
poussière. L’endroit sentait l’urine et la transpiration, bref, tout ce qu’il y avait de plus repoussant. Mais
comment une femme comme elle pouvait vivre dans un taudis pareil, se demanda t-il
intérieurement ? Puis, se rappelant lui-même ses origines, comprit. Comme
il se sentait snob et condescendant, à ainsi juger les gens alors qu’il n’y
avait pas si longtemps que cela, il était dans une situation à peu près
pareille, sinon pire. Honteux, il effaça vite ces pensées de sa tête et sortit
de sa voiture pour la suivre.
- Fayadila ! Fayadila !
hurla t-il derrière elle.
Celle-ci se retourna en entendant son nom et
ouvrit des yeux tout ronds en le voyant.
- Non mais vous êtes malade ?
qu’est ce que vous faites ici ? ce
n’est pas un endroit pour vous ici, rentrez chez vous ! dit elle en
se précipitant à l’entrée de l’immeuble.
Shareef sourit. Etant très athlétique, il
atteignit l’immeuble en moins de 5mn et parvint même à l’empêcher de lui
bloquer l’entrée. Ils entrèrent tous les deux au rez-de-chaussée, puis ils
prirent l’ascenseur. Un silence pesant planait, et personne n’osait dire un
mot. Fayadila fixait la porte si intensément qu’on aurait cru qu’elle voulait
l’ouvrir du regard pour s’échapper de cette trop grande proximité. Ce soir, elle
n’était plus aussi excitée, elle avait peur. Plus elle regardait Shareef, plus
elle avait froid dans le dos. Et le pire, c’est qu’elle ne savait pas pourquoi.
Elle ne saurait dire si c’était dans son regard ce soir, ou dans son attitude,
mais il lui rappelait quelqu’un. Quelqu’un qui avait marqué sa vie à jamais et
dont elle ne voulait plus jamais se rappeler…
L’ascenseur s’ouvrit enfin et ils pénétrèrent dans un couloir mal
éclairé. Ils marchèrent quelques secondes et Fayadila ouvrit la porte de son
appartement. Décor très spartiate mais assez douillet, pensa Shareef. Elle
avait fait avec ce qu’elle avait. Un grand canapé d’angle orange contrastait
avec une petite table basse grise dans le salon, qui donnait face à une petite
télé. Sur la droite, on pouvait distinguer deux chaises de bar jouxtant la
cuisine et un frigo sur lequel étaient collés des tonnes de post its. Sur les murs, différents tableaux :
Audrey Hepburn, Marylin Monroe et une réplique de la Joconde. Shareef fut plus
étonné encore lorsqu’il aperçut à côté de la télé une étagère murale sur
laquelle étaient placés des livres. Ayant suivi son regard, Fayadila répondit
pour lui.
- Eh oui, je sais lire. Etonnant
non ?
Ignorant sa répartie, Shareef resta
silencieux et continua son inspection.
Les pièces étaient séparées par un paravent imprimé léopard et il
distinguait une pièce où était placée une barre de striptease. Il sourit alors.
Elle était sans le sou, mais avait réussi à s’offrir une barre de striptease
chez elle. Reportant maintenant son attention sur elle, il essaya de lui
parler.
- Je suis désolé.
- Tu es marié, lui répondit-elle.
Tu me suis depuis près de deux semaines comme un toutou pour une danse privée,
tu me fais des avances et tu es marié. Tu dois vraiment être un beau salaud
pour faire cela à ta femme. Et elle encore plus idiote de rester avec toi.
- Oui, je suis le pire des hommes
c’est ça ? dit en écartant les bras. Et toi, tu n’es qu’une sale voleuse.
Rends moi mon portefeuille salope.
- Je ne vois pas de quoi tu parles,
dit-elle la mine fermée.
- Ah bon ? tu ne sais pas dit
il en s’enflammant. Tu ne sais pas ?dit-il en ouvrant avec violence la
porte de sa chambre ; dans laquelle il se rua pour chercher le dit
portefeuille. Il se mit à déranger ses
affaires, renversant un sac par ci, un parfum par la, en mettant sa chambre
sans dessus dessous.
- Arrête ça tout de suite
Shareef ! dit-elle en se cramponnant à lui en vain.
Shareef était déchainé, et frustré. Il était
venu ici pour s’excuser. Mais de quoi ? D’être marié ? S’excuser
auprès de quelqu’un qui l’avait volé qui plus est ? Il était vraiment
puéril des fois, pensa t-il. Il était un Kingston, et aucune femme ne devait le
mener par le bout du nez de cette façon. Mais cette Fayadila avait quelque
chose qui le mettait à la fois dans tous ses états et qui le faisait sortir de
ses gongs. Il avait à la fois envie de l’embrasser et la minute d’après de lui
tordre le cou. Comme il ne l’écoutait pas, Fayadila se cramponna cette fois à
son cou, pour essayer de l’empêcher de respirer. Ils se bagarrèrent ainsi
jusqu’à ce que Shareef se retourne brutalement, de sorte à se retrouver face à
elle. Et Fayadila avait toujours les mains autour de son cou mais, ce qui
donnait l’allure d’une bagarre avait fait maintenant place à une tension
sexuelle incroyable. L’électricité qu’il y avait dans cette pièce aurait pu
alimenter tout un centre commercial.
Plus rien ne bougeait et tous les deux,
Shareef comme Fayadila étaient silencieux,
interdits, attendant sans doute celui qui allait passer le point de non
retour.
Shareef fonça sur elle, tel un aigle sur sa
proie. Il goutait sa bouche, la dévorait. Ses gestes étaient hésitants,
fébriles. Il était si troublé qu’il voulait la toucher partout à la fois, pour
garder ce moment gravé en lui. Il se mit à embrasser ses yeux, sa bouche, puis
fit des petites arabesques avec sa langue vers son cou tout en lui chuchotant ô
combien il la trouvait belle et séduisante. Fayadila répondit à son baiser avec
ardeur, et ferma les yeux. C’était tout simplement exquis. Elle se sentait
voler, vers un endroit paisible, inconnu. Les pointes de ses seins devinrent
dures et elle se frotta de manière
lascive contre lui, pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Shareef en devenait fou.
Il lui retira son haut et put avoir une
vue imprenable sur ses seins fermes, bien ronds. Il les pétrit de sa main, et
en agaça les pointes jusqu’à ce que Fayadila frissonne sous ses doigts.
Fayadila qui avait toujours les yeux fermés était comme dans un rêve. Elle les
rouvrit alors pour s’assurer que tout cela était bien vrai et rencontra le
regard fiévreux, empli de désir de Shareef. C’est à ce moment que la sensation
glauque qu’elle avait ressenti dans l’ascenseur revint. Elle avait déjà vu ce
regard, mais où ? Puis, comme dans un flashback, elle se revit dix ans
plus tôt, contre un mur dans un couloir sombre, pleurant, implorant son
tortionnaire de l’épargner. Celui-ci ne l’entendait pas, trop occupé à lui
faire du mal. Il lui fermait la bouche de ses mains, lui serrait le bras si
fort qu’on aurait dit qu’il voulait le lui arracher. Elle sans défense,
pleurait, et priait, pour que quelqu’un la trouve dans ce quartier malfamé et
la sauve... Elle revit alors ce regard, ce même regard qui l’avait hanté
pendant des années et une foule de souvenirs douloureux menacèrent déjà de
refaire surface.
- Non, arrête !
lâche-moi ! nooon !!!
Shareef sursauta comme s’il avait été brûlé.
Mais qu’est ce qu’elle avait encore ? Cette fille avait le don de
l’émoustiller pour ensuite le laisser comme cela, sur sa faim. Le corps
brulant, le regard vitreux et le pantalon gonflé, signe de son excitation
manifeste, il la regarda, ahuri.
- Va-t’en s’il te plait. Supplia
t-elle.
Shareef aurait pu prendre son portefeuille et
s’en aller – ce qui aurait été plus intelligent en effet- mais sa curiosité
avait pris le dessus. Le quasi délire dans lequel elle était entrée quelques
minutes plus tôt l’intriguait. Avait-elle peur de lui ? Avait-elle vécu
une expérience traumatisante ? Il fallait absolument qu’il en sache plus.
Cette nouvelle facette de Fayadila réveilla l’instinct protecteur en lui et il
avait déjà envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter.
- Allons marcher, lui intima t-il.
- Je suis fatiguée. Et je n’ai pas
envie de marcher. Rentre chez toi s’il te plait.
- Habille-toi chaudement. Je
t’attends dehors, lui ordonna t’il, sans même prêter attention à ce qu’elle
avait dit.
Fayadila, encore frissonnante s’exécuta.
Shareef sourit intérieurement, content qu’elle l’ait écouté pour une fois. Il
la laissa seule dans l’appartement et alla l’attendre dehors comme convenu.
Lorsque celle-ci ressortit quelques minutes plus tard, elle était sans
maquillage, un pull col v assorti d’un collant tellement serré qu’on aurait dit
qu’il était peint sur son corps et de simples chaussures de marche. Et quant à
ses cheveux, elle les avait attachés en queue de cheval. Shareef, qui la voyait
pour la première fois au naturel, la trouva encore plus belle et plus sexy que
jamais. Et déjà, le désir revenait, fort, impérieux. Fayadila alluma une cigarette et monta dans sa voiture. Elle
avait horreur de ce sentiment de vulnérabilité qui s’emparait d’elle et était encore plus énervée parce que Shareef
avait vu ce côté d’elle. Il fallait immédiatement qu’elle mette les choses au
clair, qu’elle reprenne ses esprits et vite.
Ils roulèrent
jusqu’à la long Beach, une plage se trouvant à la sortie de la ville.
Ils descendirent de la voiture, retirèrent leurs chaussures et marchèrent
pendant un long moment, silencieux. La lune était haute dans le ciel, ce qui
donnait une couleur bleue nuit à la mer,
la rendant presqu’irréelle. Les vagues, violentes se gonflaient à l’horizon
pour venir s’écraser dans un grand bruit à leurs pieds. Le sable quand à lui
était chaud malgré le vent et c’est avec délice que Fayadila s’y enfonça les
pieds.
- J’adore écouter les vagues. Je
crois que j’ai toujours aimé cela, commença Shareef.
Fayadila ignora son aveu et continua de
marcher, tout en prêtant cependant une oreille attentive à ce qu’il allait
dire.
- Je suis désolé de la scène de
tout à l’heure, mais reconnais que tu l’as bien cherché. Et oui, je suis marié.
Mais seulement sur le papier. Ça fait des mois que l’on ne se parle même plus
et en plus…
- Je m’en fiche Shareef.
Honnêtement, je me fiche de ta vie, de tout ce tout ce qui est lié de près ou
de loin à toi, et encore moins de ce que tu aimes. Que tu ais une femme ou non
cela ne fait aucune différence pour moi, dit elle en allumant une autre cigarette.
On n’est ni amis, ni amants. J’étais juste venue te remettre ta bague, c’est
tout.
- Cette situation, te plait
hein ?
- De quoi tu parles ? demanda
t-elle.
- De pouvoir jouer avec moi comme
ça, me manipuler à ta guise, ça t’amuse hein ? Une chose m’intrigue
toutefois. Tous les hommes de la ville ont posé les mains sur toi, toutes les
racailles de ce quartier surement alors pourquoi diantre jouer à la vierge effarouchée ?
- Ok, je crois que je vais rentrer
là. Dit-elle en s’éloignant.
- Tout à l’heure lorsqu’on était
dans ton appartement, qu’est ce qui s’est passé ? continua t-il en la rattrapant.
- Ce n’est pas ton problème, mêle
toi de ce qui te regarde, Ok ?
Il s’arrêta alors qu’elle continuait de
marcher vers la voiture et secoua la
tête, à la fois incrédule et subjugué.
- Tu es tellement différente ce
soir.
Elle se retourna lentement et marcha d’un pas
assuré vers lui.
- Tiens donc, dit-elle en lui
exhibant sa poitrine généreuse sous le nez, retrouvant son regard sexy de
stripteaseuse. Et en quoi ?
Cette fois, c’est lui qui s’écarta d’elle, et
la regarda droit dans les yeux.
- La première fois que je t’ai vue,
tu m’es apparue haute en couleurs, libertine, prête à tout pour séduire, imbue
de sa personne, malhonnête, cupide et indifférente, sans moralité aucune, ni
parole. Et ce soir, tu es… comment dire, plus humaine. Et tu m’as l’air de ne pas être idiote non
plus. Pourquoi vivre cette vie alors ? le striptease, les bars, tu n’as
jamais songé à changer de vie ? faire autre chose ?
Fayadila fit mine de réfléchir une seconde,
puis retroussa les lèvres en une moue sexy. Ensuite, elle se rapprocha encore
plus de lui jusqu’à ce que leurs bouches soient près de se toucher.
- Je le répète. Ce n’est pas ton
problème. Le personnage que tu as dépeint en premier, c’est moi. L’autre est
une vision de ton esprit, une chimère que tu espères voir se réaliser, dit elle
en rejetant de la fumée par les narines. Je suis ce que je suis. Frivole et
tout ce que tu veux, mais je suis moi.
Le fait de ne pas être fréquentable me convient parfaitement. Sur ce, je
dois y aller. Il va bientôt faire jour. Il ya des gens qui bossent dur pour
gagner leur vie, termina t-elle en se retournant à nouveau vers la voiture.
Shareef se dit qu’il était peut être fou,
mais elle avait raison. Elle n’était pas faite pour lui. Elle représentait à
elle seule tout ce qu’il devait éviter à tout prix. Il savait que s’il entrait
dans son jeu, il risquait de s’y perdre. D’un autre côté, sa fierté d’homme
refit surface et ce n’était plus le Shareef compatissant, mais le séducteur qui
reprit sa place, lui ramenant en tête ce qu’il avait toujours voulu depuis le
début. Il fallait qu’elle soit sienne. Après, il aviserait. Et qui sait, peut
être qu’après une nuit avec elle il se lasserait…
Il courut vers elle et, lui attrapant le
bras, la força à le regarder en face. Lorsque ce fut fait il l’attira à lui.
Là, il lui caressa les cheveux et la joue avec une tendresse qui émut Fayadila.
Jamais personne ne l’avait touchée ainsi, comme si elle était faite de
porcelaine. Il resta interdit, comme s’il hésitait, puis l’embrassa enfin. Ce
baiser, elle ne l’oublierait jamais. Il était doux, apaisant. Il n’était pas
seulement la manifestation du désir mais dans ce baiser, Fayadila se sentait
comme dans une bulle, protégée par Shareef, comme si rien ne lui arriverait
jamais. Dans ses bras, elle se sentait littéralement fondre comme neige au
soleil. Puis très rapidement, la tendresse laissa la place à la passion, au
désir qu’ils avaient tous deux réprimé depuis si longtemps. Shareef l’embrassait
partout et à chaque endroit à la fois, l’empêchant de réfléchir. Fayadila défit prestement les boutons restant
de son pantalon sans vraiment y arriver, tandis que lui aussi se débattait avec
son haut. Lorsqu’ils furent tous deux nus, Shareef l’allongea sur le sable et
enleva l’élastique qui retenait ses cheveux. Il plongea les mains dans ses
longs cheveux noirs tout maintenant son regard vissé au sien.
- Tu es magnifique, chuchota t-il
en se baissant vers les trésors de son entrejambe.
Fayadila retenait à grand peine son plaisir.
Mon dieu, comme c’était bon ! Shareef avec sa bouche l’explorait, la
titillait, la mordillait, l’emmenant au summum du plaisir. Fayadila haletait,
gémissait, se retenant de hurler qu’elle n’en pouvait déjà plus de cette si
douce torture, qu’elle avait envie qu’il vienne en elle, fort, puissant.
Lorsqu’il eut finit, il remonta lentement vers elle en embrassant ses cuisses,
son ventre plat, le creux de ses seins, les pointes de celles-ci puis revint
enfin à sa bouche qu’il dévora avidement. Fayadila se colla contre lui, quémandant encore plus de caresses de sa
part, affamée. Shareef maintenant au dessus d’elle, arrêta de l’embrasser et la
regarda encore. Sous les effets de la lune, il avait l’air d’un dieu grec,
avec sa musculature puissante, ses lèvres pleines, sa barbe de deux jours.
Fayadila en eut le souffle coupé. Il entra alors profondément en elle, et
Fayadila hoqueta, à la fois d’étonnement et de plaisir infini. Puis, tout alla
très vite. Déjà, il la porta loin, très loin…
Shareef se réveilla quelques heures plus
tard tout nu dans le sable, les cheveux en bataille. Aucune trace de Fayadila.
Il n’était que 6 heures du matin mais les pêcheurs devaient déjà se diriger
vers cette partie de la plage, aussi il s’habilla rapidement. Au moment
d’enfiler sa veste, en touchant la poche et se rendit compte que son
portefeuille était revenu à sa place. Il balaya une dernière fois la plage du
regard dans l’espoir de la retrouver, puis, en soupirant, se rendit à sa
voiture.
James se rendait comme tous les matins à
son bureau le cœur lourd. Depuis que son père avait annoncé sa sordide
condition, James avait cherché partout, depuis les Blind dates jusqu’aux rendez
vous arrangés par ses amis, il n’avait toujours personne. Alors vous imaginez
déjà que ce serait une véritable gageure de faire un enfant ! Surtout que
son père voulait que ce soit fait selon la manière traditionnelle,
c'est-à-dire, rencontre, fiançailles, mariage, puis les enfants. Quand il pensait que cet idiot de Shareef
avait une femme et ne pouvait même pas lui faire d’enfant, il en était malade.
Il était tout à ses pensées quand sa secrétaire entra en trombe dans son
bureau, sans même frapper.
- Qu’est ce qu’il
ya encore Ashleigh ?
- Monsieur
Kingsley, il faut vraiment que vous voyez ça, dit elle en posant un magazine
people sur sa table de travail.
- Tu sais pourtant
très bien que je ne m’intéresse pas aux tabloïds, pourquoi m’en apporter ?
- Oh je suis sûre
que celui la va beaucoup vous intéresser
au contraire, martela Ashleigh.
Il se mit à lire alors le titre du
magazine pour voir de quoi celui-ci parlait. Puis ses yeux s’écarquillèrent
comme deux soucoupes, et un immense sourire vint se dessiner sur sa bouche. Il
n’aurait pas pu mieux rêver. La chance lui tombait littéralement du ciel là. En
effet, sur ce magazine, l’on pouvait clairement voir les images de Sharon en
pleurs, et de Fayadila empoignant Shareef à la table d’un grand
restaurant. Le titre n’en était que plus
accrocheur ; et sur une autre
photo, on pouvait voir Sharon devant les marches du restaurant, dans un piteux
état.
- Ça alors, lança
il le sourire toujours aux lèvres. Ashleigh excusez moi, je dois me rendre au
bureau de mon père à l’instant, dit-il en lui adressant un clin d’œil.
- Mais bien sur
monsieur, lui répondit-elle en lui renvoyant un sourire complice.
Prince lisait tranquillement ses dossiers
quand James entra lui aussi, sans frapper. Prince le fusilla du regard puis
désigna la porte de la main.
- Sors de mon
bureau et retourne frapper, ce n’est pas un moulin ici.
Cette fois James ne s’exécuta même pas.
Ignorant son père, il vint se poster devant lui et lui jeta le magazine à la
figure.
- Regarde les
dernières infos de ton fils chéri. Moi, je travaille ici tous les jours pour
faire des profits, et lui que fait-il ? il aligne les conquêtes. C’est
d’un tel successeur que tu veux ? quelqu’un qui laisse sa femme sur les marches d’un
restaurant pour suivre une prostituée ? C’était déjà insultant que tu nous
mettes sur le même pied d’égalité mais là tu as la preuve irréfragable que
c’est moi qui devrait te succéder papa. Tu pourras penser ce que tu veux, mais
les faits sont là. Au moins, tu sauras qu’il te ment quand il t’inventera un
prétexte bidon pour son absence de ce matin. Tu sais, je ne suis peut être pas
marié, mais je sais ce que cela implique d’avoir une société et de m’occuper
des employés. Et je suis en train de tout faire pour me trouver une femme.
Prince était médusé devant les photos du
magazine en question. Il était outré au plus haut point. La vie de sa famille
était étalée au grand jour de la sorte, tout cela à cause de Shareef. Il allait
l’entendre, il allait lui montrer de
quel bois il se chauffe.
- Tu as fini ?
Demanda-t-il à James. Merci pour le magazine, mais une fois encore, ça ne te
rendra pas plus apte à ce poste. J’ai donné une condition, tu te rappelles,
crétin ? et aucun de vous ne l’a respectée jusque là. Lui au moins il
aligne les conquêtes, Toi tu dors avec tes coussins la nuit. Je vais régler ce
qui doit être réglé avec Shareef. Occupe-toi de me ramener une belle fille au
plus vite si le poste t’intéresse. Et pour la dernière fois, ne rentre plus
jamais dans mon bureau sans frapper, c’est clair ?
- C’est bon je m’en
vais, dit James en levant les mains en signe de reddition. Médite bien sur ce
que je viens de te dire papa.
- C’est ça. Ferme
la porte en sortant.
Prince serra les poings, parvenait à
grand peine à contenir sa fureur. Non mais pour qui se prenait Shareef à la
fin ? A trainer ainsi leur nom dans la boue ? Il se sentait tellement
mal pour Sharon. Elle devait être inconsolable en ce moment et au lieu d’être
auprès d’elle, son imbécile de fils était sans doute dans les bras d’une fille
de joie. Il se tint la tête entre les mains. Qu’allait-il bien pouvoir faire de
lui ? Il voulut d’abord aller l’attendre chez lui mais pour pouvoir
laisser Sharon digérer tout cela, il décida de l’appeler pour lui remonter les
bretelles.
- Allô ?
Papa ? il ya un problème ? demanda Shareef, inquiet.
- Tu oses m’appeler
comme cela, alors que tu ne me respectes même pas, que tu ne respectes même pas
ta famille, que tu ne respectes même pas ta femme ?
- Papa laisse moi
te…
- Ferme la Shareef.
Tu me dégoutes. Passe encore que tu aies des tonnes de maîtresses, mais le
médiatiser, ça c’est pire que tout. Est-ce de cette manière que ta mère et moi
t’avons éduqué ? Comme un homme irresponsable ? qui ne suit que les
désidératas placés en dessous de sa ceinture ? je suis tellement déçu Shareef.
Je ne suis pas le meilleur des pères et je ne m’en vante pas, mais tu n’avais
pas le droit de trainer ainsi notre nom dans la bouche de tous les médias.
As-tu la moindre idée de ce que ressent Sharon en ce moment, tu n’y as pas
pensé hein imbécile !
- Papa…
- Je crois que je
vous ai assez laissé faire ces temps ci
ton frère et toi. Je diminue le délai à 3 mois.
Si d’ici trois mois tu n’es pas devenu un homme responsable et digne de
confiance, je liquide la société à quelqu’un d’autre Shareef. Si ta famille ne
représente rien pour toi, j’espère que cette société représente au moins
quelque chose pour toi.
- Papa ! cria
Shareef pour essayer de s’expliquer. Mais Prince avait déjà raccroché. Le cœur
de Shareef se mit à battre sourdement, le sang pulser à ses tempes. Il avait
vraiment merdé et il le savait. Et à cet instant il sentait tout le poids de
l’acte qu’il avait commis. Non seulement son père était en colère contre lui,
mais en plus, cela laissait une ouverture à James.
- Merde ! cria
t-il en tapant son volant des mains. Il avait tout fait foirer, et tout ça pour
le coup d’un soir. Il était sûr que c’était Sharon qui lui avait dit et il ne
lui en voulait même pas. Il était triste pour elle. Il lui avait fait tellement
de mal. Il fallait qu’il reprenne les choses en main. Ne serait ce que pour
sauver les apparences. Lorsqu’il rentra chez lui, il était 10 heures. Il trouva
Sharon assise à la salle à manger en train de travailler. Il vint s’asseoir en
face d’elle.
- Il faut qu’on
parle.
Sharon agissait comme s’il n’y avait
personne dans la pièce. Elle continua de pianoter sur son ordinateur, comme si
de rien était. Son visage n’était ni renfrogné, ni heureux. Son visage était
glacial, indifférent. Ce qui faisait plus peur à Shareef parce que Sharon
disait toujours ce qu’elle avait sur le cœur et si aujourd’hui elle gardait un
silence lourd, il n’imaginait même pas
ce que ça serait quant elle exploserait.
- Bon, si tu
ne veux pas me parler, tu peux au moins
m’écouter non ? argua t-il. Sharon je sais qu’actuellement tu me détestes,
que je suis la dernière personne que tu aies envie de voir actuellement…
Il n’eut pas terminé sa phrase que Sharon
débrancha tranquillement le chargeur de son Macbook, le roula en boule et
quitta la pièce, le laissant planté la. Shareef ne se découragea pas pour
autant et la suivit jusque dans leur chambre commune. Lorsqu’il entra, elle
était sous la douche. Il battit en retraite et se promit qu’ils auraient une
conversation dans la soirée. Il alla dans la chambre d’amis prendre une douche
également et se coucha sans trouver le sommeil. Lorsqu’il sortit enfin de sa
torpeur, il demanda aux employés où se trouvait Sharon, mais personne ne
savait. Il attendit et regarda s’égrainer les heures, les minutes, les
secondes, jusqu’à ce qu’elle klaxonne enfin au portail. Il était 21heures
précises. Il avait tellement attendu qu’il ne prit pas la peine de s’habiller
et seulement vêtu d’un boxeur et t-shirt, il alla l’attendre dans leur chambre.
Sharon rentra et l’ignora superbement. Elle déposa son sac, se déshabilla comme
si elle était seule dans la pièce et alla prendre sa douche. Shareef en
attendant remarqua une robe de soirée noire brillante déposée sur le lit. Son
sang ne fit qu’un tour. Où allait-elle ? Et avec qui ? Il savait
qu’il était vraiment des plus mal placés pour être jaloux mais son orgueil de
mâle avait ressurgi sans qu’il ne s’en rende compte. Sharon sortit de la douche
et s’habilla machinalement, puis se maquilla. C’était la robe la plus courte
que Sharon n’aie jamais porté. Et ce soir, il la trouvait presque sexy, pensa
t-il. Avec sa bouche mutine et son grain de beauté juste au dessus. Le rouge
vif de ses lèvres accentuait leurs courbes. Et le décolleté plongeant de sa
robe ne laissait aucune place à l’imagination concernant sa poitrine galbée.
Oui, ce soir il la trouvait plus fraîche. Appétissante même. Lorsqu’elle finit
de se préparer, toujours dans un silence de plomb, elle prit son sac et se
dirigea vers la porte. Shareef lui barra le passage.
- Il faut que nous
parlions.
Sharon le contourna et il fit de même.
Elle essaya de passer mais il lui bloquait définitivement le passage.
- Je peux savoir au
moins où tu vas ?
Sharon était fermement décidée à ne pas
lui parler et voulu forcer le passage. Mais rien n’y faisait. Shareef était
beaucoup trop grand et trop fort. Elle fit un effort surhumain pour parler avec
désinvolture.
- Laisse-moi passer
Shareef.
- Où est ce que tu
vas ? il faut qu’on parle.
- Je n’ai plus rien
à te dire depuis hier, lorsque tu as couru après cette fille de bas étage. Et
tu es très mal placé pour me poser ce genre de question. Laisse-moi passer,
j’ai des choses à faire. La vie est vraiment drôle tu sais. Lorsque je te
disais tout le temps où j’allais, tu t’en fichais royalement et maintenant tu
insistes pour tout savoir juste parce que ton égo mal placé ne peut pas le
supporter. Tu me fais pitié Shareef. Dégage ! dit elle en le poussant.
Shareef se laissa faire, vaincu par les
mots de sa femme. Là, il avait l’impression d’être l’homme le plus minable de
toute la terre.
Sharon démarra la voiture en trombe, en
retenant son souffle. Elle avait réussi ! Même si ça lui en coûtait, elle
était passée de la gentille Sharon à celle qui le méprisait. Pas qu’elle suive les
conseils de sa mère à la lettre mais elle utilisait certaines de ses techniques
pour qu’il se sente plus mal encore pour ce qu’il lui avait fait. Elle avait
envie de boire ce soir, de faire la fête. Pas parce qu’elle était de bonne
humeur mais pour penser à autre chose.
Elle voulu d’abord aller au Timesquare, mais vue la clientèle huppée,
elle serait forcément la cible de nombreux paparazzis. Elle roula donc sans but
précis se disant qu’elle choisirait au feeling. Elle arriva devant un bar qui
mélangeait assez bien deux contrastes différents. Il n’était ni trop snob ni
trop bon marché, et était assez bien
côté sécurité. Il s’agissait du Yellow Grimm, un bar lui aussi très en vogue au
Sangala. Elle y entra comme si elle allait dans une église, tellement cela
faisait longtemps qu’elle n’était pas sortie. A l’intérieur, la décoration
était encore mieux que dehors. Le bar était paré d’un décor futuriste, avec ses
tables en verre transparent à intérieur desquelles il y avait un foisonnement
de couleurs, toutes plus festives les unes que les autres. Les jeux de lumières
roses et bleus ajoutaient un charme à tout ce brouhaha, donnant ainsi une
ambiance tamisée. Sharon regarda avec admiration les barmans qui jouaient d’ingéniosité en faisant virevolter les
bouteilles tels des jongleurs ou même des prestidigitateurs, tant cela relevait
du pur spectacle. Un peu timide, elle s’assit à une table et commanda un
martini comme apéritif. La piste de
danse était remplie, grouillant de personnes aussi bien adultes, d’âge mur, que
d’adolescents. Sharon regarda les adolescents avec une pointe de nostalgie,
d’envie même. Elle donnerait tout pour retourner à cet âge où il n’y avait
aucune inquiétude sinon celle du béguin du moment. Cela l’attrista encore plus,
et, se retournant face au barman, demanda une téquila. Au fur à mesure que la soirée
s’écoulait, elle avala téquila coup sur coup. Pour se changer les idées, pour
oublier. Dans ses pensées troublées par la boisson, il n’y avait ni Shareef, ni
même de problème d’enfant. Il n’y avait que cette douce euphorie qui la
traversait et un tel sentiment de liberté…
- Sharon !
mais putain qu’est ce que tu fous ici ?
Sharon se retourna, quelque peu pompette
et reconnut son beau frère. Mince, se dit-elle. Voilà l’emmerdeur de service.
Elle aurait sûrement droit à un bon vieux sarcasme ou une répartie cinglante de
sa part pensa t-elle encore, en se préparant aux insultes. Au lieu de cela,
James la prit par l’épaule et payant sa consommation, l’aida à se lever.
- Je n’ai pas
besoin de toi, dit-elle d’une voix pâteuse. Je n’ai b…besoin de personne.
- J’en suis
certain, mais là tu ne peux même pas tenir sur tes deux jambes. Tu me
rembourseras plus tard si tu veux, mais pour l’instant, rentrons.
- Lai…laisse
moi ! vous êtes tous pareils de toute façon. Un Kingsley n’en vaut pas un
autre !
James ignorant ses déblatérations et
adressa un signe de tête entendu au barman qui leur ouvrit la porte de
derrière. Sharon avait l’impression de glisser sur le sol. James ne lui tenait
que l’épaule mais elle avait l’impression qu’il la portait. Ses jambes ne lui
répondaient plus et elle commençait à avoir sommeil.
Sharon ouvrit les yeux. Il devait être
dans les 4 heures du matin. Pourtant, son réveil n’avait pas sonné. Elle se
retourna du côté de son lit mais n’aperçut qu’une veilleuse simple. Elle fixa
alors le plafond, mais là également, elle ne reconnut pas les lieux. Puis, la
soirée de la veille lui revint brutalement en mémoire. Elle se revit boire,
encore et encore, jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus la porter. Puis
elle se rappelait d’avoir vu James ; celui-ci l’avait porté puis plus
rien. Alors s’il l’avait ramenée chez elle, pourquoi ne reconnaissait pas
t-elle l’endroit ? A moins que…
- Mon dieu, qu’est
ce que j’ai fait ?
Elle regarda alors de l’autre côté du lit
et trouva un James nu, qui dormait paisiblement auprès d’elle…

A quand la suite norrrrrrr ? Pourquoi ç'est si long ?
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