jeudi 5 décembre 2013

Jusqu'où irons nous? Part 4







Il fallait qu’elle dise quelque chose. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Dans la tête de Sharon se mêlaient rire et dérision, doute et culpabilité. Mais qu’est ce qu’elle allait bien pouvoir faire ? Elle avait déjà tellement de problèmes, il fallait qu’elle en remette une couche ! Comment diantre avait elle pu en arriver la ? James qui dormait toujours, se retourna. Elle pouvait voir les courbes de sa bouche, de longs cils ourlant ses paupières, la barbe de deux jours naissante. Elle se serait crue presqu’au bon vieux temps… Non, se morigéna t’elle. Ce n’était ni l’endroit ni le moment. Elle devait quitter cet endroit avant que James ne se réveille, avec un peu de chance, il était aussi saoul qu’elle la veille et ne se souviendrait absolument pas de ce qui s’était passé dans cette chambre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sharon remit prestement ses sous vêtements, ses bas, trouva sa robe noire au pas de la porte de la chambre, mais une paire de talons haut. Levant les yeux au ciel d’agacement, elle s’accroupit sous le lit et regarda en dessous pour voir si elle trouvait sa chaussure.
-       Déjà debout ? lui souffla James à l’oreille.
Sharon sursauta si brusquement qu’elle se cogna la tête contre le sommier. Etouffant un juron, elle se leva en prenant la paire de chaussure que lui tendait James.
-       Désolé de t’avoir effrayée, reprit-il.
Sharon resta un moment saisie par le tableau qui s’offrait à elle. James ne portait en tout et pour tout un boxer ultraserré, moulant superbement ses reins étroits, et en levant les yeux, elle remarqua la toison brune de sa poitrine, ses pectoraux durs, ses épaules larges. James qui avait surpris ce regard, sourit. Il s’apprêtait à dire quelque chose puis se ravisa. Sharon, comme si de rien était porta sa chaussure et se précipita vers la porte. James lui bloqua le passage.
-       Où espères-tu aller comme ça ? Tu vas faire comme s’il ne s’était rien passé ?
Sharon se tint la tête entre les mains et leva les yeux vers lui apeurée.
-       Mais qu’est ce que j’ai fait ? qu’est ce qu’on a fait ? mon dieu, qu’est ce qu’on va faire !!!
-       Calme-toi Sharon. Assois-toi s’il te plait.
-       Non, je ne veux pas ! tout est de ta faute ! c’est toi qui m’as emmenée ici contre mon gré ! Seigneur, dit-elle en portant la main à sa bouche.
-       Hey, je te rappelle que j’ai voulu te ramener chez toi hier, c’est toi qui a insisté pour rester. Et pourquoi est ce que tu cries comme ça ? de quoi as-tu peur ? que je le dise à Shareef ?
Sharon tressaillit en entendant le nom de son mari.
-       Non, dit-elle en détournant le regard. Je me moque de ce qu’il pourrait faire ou penser actuellement.
-       Alors pourquoi… dit il en lui caressa l’épaule.
Sharon se dégagea, comme s’il l’avait brûlée.
-       Non James. Il ne s’est rien passé ici. Ne te fais pas d’idées. Oublie cette nuit, oublie même que je me trouve ici en ce moment.
-       Mais Sharon…
Ils furent interrompus par de violents coups frappés à la porte de la chambre. Les coups étaient si forts que James aurait juré qu’ils auraient réveillé tout le voisinage.
-       Qui est ce donc ? hurla t-il énervé. Arrêtez ce bruit !
-       C’est moi Shareef, répondit la voix derrière la porte. Et désolé de frapper comme ça mais je sonne depuis plus d’une demie heure, tu ne me réponds pas.
James se retourna et vit une Sharon livide. Elle était si pâle qu’on aurait dit qu’elle allait s’évanouir. Il la prit rapidement par le bras et la poussa dans la salle de bain, puis referma la porte. Il alla ensuite ouvrir. Shareef entra comme une fusée et lança un regard circulaire dans la chambre.
-       Qu’est ce que tu veux Shareef ? tonna t-il.
-       Je cherche ma femme. Elle n’est pas rentrée depuis hier. Je  ne sais pas, tu ne l’aurais pas vue ? ou entendu quelque chose la concernant ?
James sourit et le toisa avec hauteur.
-       Je ne suis pas le gardien de Sharon. Pourquoi me réveiller de bonne heure pour de telles âneries Shareef ? Depuis quand est ce que tu t’en préoccupes pour la chercher ?  Si tu t’en souciais ne serait ce qu’un peu, elle ne serait pas partie, dit il sarcastique.
-       Je me passerai de tes commentaires ce matin. Je veux juste que tu me donne des informations si tu en as, point. Si je ne me souciais pas de ma femme, je ne serai pas en train de la chercher en ce moment James. S’il te plait ne me perd pas le temps, tu l’as vue, oui ou non ?
James éclata de rire.
-       Qui est ce que tu crois tromper ?  tu te fiches de Sharon, Shareef. Tu veux juste la garder près de toi pour le poste, n’est ce pas ? C’est très bas, tu sais. Même pour toi. Si père ne nous avait pas imposé d’avoir une famille pour accéder au poste de PDG, tu n’aurais même pas levé un orteil pour elle. Je crois que celui  dont le temps est perdu ici, c’est moi. Je me moque de tes histoires de femme et d’enfant, j’ai d’autres chats à fouetter. Cherche ta femme où tu veux, mais pas chez moi. Ne t’avise plus de faire du bruit chez moi comme tout à l’heure. Maintenant dégage. Tu connais la sortie !
Shareef répondit à son regard méprisant et tous deux se jaugèrent, pendant une infime seconde.
-       Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici, dit-il enfin. Clairement, j’aurais du chercher ailleurs. Parce que Sharon ne reviendrait jamais chez un homme qu’elle a quitté pour moi, dit il en lui portant l’estocade finale.
James accusa le coup. Génial, cet imbécile avait réussi à lui gâcher sa journée se dit il, la mine désormais impassible. Il allait le payer, se promit-il. Lorsqu’il se fut assuré que Shareef était bien parti, il alla sortir Sharon de la salle de bain.
-       Tu connais la sortie toi aussi, lui dit il le regard dur.
Sharon ne savait pas quoi lui dire. Même si ses yeux lançaient des éclairs et que sa bouche s’était changée en un pli dur,  elle savait que Shareef l’avait blessé tout à l’heure. Pas qu’elle ressente encore quelque chose pour lui, loin de là. Elle avait juste de la peine de voir deux frères se déchirer autant. Elle se contenta de s’en aller, avant de lui jeter en dernier regard. Lorsqu’elle fut partie elle aussi, James avait retrouvé son aplomb. Il s’assit sur le lit et se dit qu’il avait enfin trouvé un moyen de faire perdre son frère. Il avait lu le trouble dans les yeux de Sharon, la déception lorsque celle-ci avait entendu que Shareef ne la cherchait que pour le poste. Et aussi, le désir qu’elle avait ressenti en le regardant. C’était suffisant, décréta t’il. Son couple battait déjà de l’aile, il n’avait qu’à frapper un tout petit coup et il les briserait tous les deux. Il se grattait déjà la barbe, excité.

Sharon arriva après quelques minutes seulement chez elle. Imaginez son étonnement quand elle trouva Shareef devant la porte d’entrée, assis dans les escaliers. Elle se gara et descendit de la voiture.
-       Qu’est ce tu fais ici ? tu as perdu tes clés ? demanda t-elle.
-       Où est ce que tu étais ? lui asséna t-il.
-       Je vais te répondre la même chose qu’hier, et j’espère que je n’aurai pas à le répéter Shareef. Ce n’est pas ton problème.
-       Comment ça ce n’est pas mon problème ?! cria Shareef qui contenait à grand peine sa colère. Je suis ton mari bon sang et tu es sous ma responsabilité ! est  ce que tu as la moindre idée du sang d’encre que je me suis fait toute la nuit ?
Sharon le toisa d’un regard glacial, tel que ça en aurait donné des sueurs froides à quiconque se trouvait dans ce garage.
-       Mon mari ?? s’il te plait, n’utilise pas des mots si tu ne connais pas leur signification. Est-ce que tu sais au moins ce que ce mot veut dire Shareef ? mon mari, maugréa elle. Tu t’es inquiété ? et bien je m’en fous complètement. Je m’en tamponne Shareef. Tu sais combien de nuits j’ai passé à attendre que tu rentres ?  à m’inquiéter comme une folle alors que tu étais dans des bars ? tu me joues quoi là ? le mari déprimé ? non franchement, c’est pathétique Shareef.
-       Ecoutes, dit-il en baissant d’un ton. Il faut vraiment qu’on parle. Laisse-moi au moins m’expliquer.
-       Tu sais quoi Shareef, Je t’ai juré que je ne te demanderai plus jamais rien. Je ne te poserai plus jamais de questions sur les lieux tu vas, ce que tu fais, etc.  Alors fais de même pour moi. Vivons chacun nos vies de nôtre côté. Je  ne veux plus te voir ni te parler Shareef. Je ne veux même plus que tu t’inquiètes pour moi. Ça ne servira à rien, parce que moi, je ne vais pas le faire. Considère-moi juste comme une colocataire avec qui tu vis dans la même maison. Désormais, c’est tout ce que nous partagerons. La même maison Shareef, rien de plus. Elle le laissa planté la et s’en alla. Un grand découragement et une infinie tristesse s’emparèrent d’elle et c’est le cœur lourd qu’elle regagna sa chambre. Même si elle lui faisait croire qu’elle ne voulait plus de lui, elle était encore blessée et humiliée. Et en rentrant, lorsqu’elle l’avait vu sur le perron, la mine triste, elle avait presque failli descendre pour le serrer dans ses bras, pour lui dire qu’elle lui pardonnait, qu’ils devaient reprendre à zéro. Mais elle savait déjà que cela n’aboutirait à rien. Shareef ne changerait jamais. Ou du moins, pas pour elle. C’était difficile à admettre certes, mais c’était la vérité. Elle avait mis du temps, beaucoup de temps à se faire à cette idée. Des larmes perlèrent sur ses joues.  En regardant leurs photos dans la chambre à coucher, elle pleura de plus belle. Sur son cœur brisé en mille morceaux à chaque fois qu’elle le voyait, sur tous les efforts qu’elle devait faire pour garder ce visage indifférent, sur James qu’elle avait sans doute blessé aussi, sur sa misérable vie.  Shareef entra doucement dans sa chambre et la trouva assise, sanglotant sur le lit. Il vint près d’elle, se mit à genoux et lui essuya les larmes de son pouce.
-       Je suis désolé Sharon. Pour tout. Je ne te demande pas de me pardonner, je te demande juste de me laisser une chance de te reconquérir, d’accord ? intima t-il le regard suppliant.  Je sais que je ne te mérite pas et que tu es en droit de me détester. C’est juste que… je ne peux pas me résoudre à ce que nous deux, ce soit terminé. Je te demande juste de me donner un mois pour te prouver que notre relation en vaut encore la peine. Et ce soir, juste un diner, dit il en lui embrassant la paume des mains. S’il te plait Sharon. Je t’en supplie.
Sharon le regardait sans le voir, fixant la main qu’il tenait. Elle la retira lentement, essuya ses larmes d’un geste rageur, se leva et sortit de la chambre.
Shareef ne se découragea pas. Il allait organiser ce diner. Même s’il ne restait plus rien de leur relation, il allait devoir sauver les apparences, quitte à faire semblant. Il ne pouvait pas se permettre de perdre Sharon actuellement. Déjà que son père était très en colère, savoir que Sharon et lui étaient séparés ne serait qu’à son désavantage.  Il fallait qu’elle retombe amoureuse de lui. Et il devait oublier Fayadila. Son cœur se serra rien qu’en pensant à cette idée. Il revit alors le visage de celle-ci offerte à ses caresses sur la plage. Son cœur se mit à battre sourdement, son sang à pulser dans ses veines. Il avait un gros problème là, se dit il en soupirant. Puis, écartant ces pensées de son esprit,  il se rendit au travail. Il y passa le plus clair de son temps mais son esprit était ailleurs. Il était tout excité à ce qu’il avait réservé pour Sharon. Il fallait que cela marche, sinon, il était mort. Il avait réservé des roses, fait décorer le salle-a-manger rien que pour eux. Pas de restaurant ce soir, juste le cadre chaleureux de leur maison. Il avait demandé aux domestiques de mettre des bougies parfumées à la lavande, le parfum préféré de Sharon. Tout était prêt. Il se demandait ce qu’en penserait Sharon. Il savait qu’elle ne tomberait jamais dans le panneau après ce qu’il lui avait fait il ya deux jours. Il espérait juste que cela la calmerait un peu. Et puis, il avait beaucoup d’affection pour elle et il ne voulait pas perdre son amitié. Ne pouvant décidément pas travailler, il quitta le travail plus tôt, et il arriva chez lui à 19 heures tapantes. Sharon était en train de travailler sur son ordinateur au salon. C’était vraiment bizarre. Toute la maison était décorée dans une ambiance romantique mais c’était comme si elle ne s’en apercevait même pas. La lavande sentait partout, et Sharon avait toujours la même mine blasée, devant son ordinateur. Elle enjambait même les bougies pour passer, comme si elles l’encombraient.
Tout ceci était de nature à lui saper son moral à lui, se dit-il. Mais il était plus difficile à décourager que cela. Il alla alors vers elle et la salua. Elle ne répondit pas. Il s’approcha encore et lui embrassa la joue. Et là, elle tressaillit. De plaisir ? De dégoût ? Il n’aurait pu le dire. En tous cas, elle avait réagi. Et c’était mieux que rien, somme toute.
-       Tu viens diner avec moi ? l’implora t’il.
-       Je travaille là. Et je n’ai pas très faim.
-       S’il te plait Sharon.
En soupirant, elle se leva de mauvaise grâce et le suivit jusqu’à la salle à manger. Ils s’assirent l’un en face de l’autre. Le feu des Chandelles dansait sur le visage de Shareef, lui donnant une allure presqu’irréelle. Sharon baissa les yeux, fixa son assiette. La nourriture avait le goût de cendre dans sa bouche.  Lorsqu’elle releva les yeux, elle rencontra ceux de Shareef, qui étaient brulants de désir. Son cœur battait si fort qu’elle n’entendait que lui. Elle était troublée. Ce soir, elle avait l’impression de retrouver son Shareef, celui qu’elle avait aimé. Il la regardait comme avant. Avec cette même avidité, comme s’il allait la manger crue. Elle avait tellement envie d’y croire. Mais elle ne savait quoi penser. Soit il était sacrément bon comédien, soit il voulait vraiment se faire pardonner.
On sonna alors à la porte. Shareef étouffa un juron et jeta son torchon sur la table. Il avait congédié tous les domestiques pour qu’ils puissent avoir la maison à eux. Aussi, il fut obligé d’aller ouvrir. Telle ne fut pas sa surprise lorsqu’en regardant à travers le judas, il vit se découper la haute silhouette de James. Il ouvrit la porte à demi, pour ne même pas que ce dernier ait une vue sur la salle à manger.
-       Tu veux quoi, James ?
-       Euh rien, je passais par là. Tu as retrouvé ta femme ?
-       Tu te fous de moi, là ? demanda t’il agacé.
-       Qui est ce Shareef ? demanda Sharon.
-       Personne d’autre que moi, dit-il en passant la tête par-dessus l’épaule de Shareef au grand désarroi de ce dernier.
-       Rentre chez toi James, menaça Shareef. C’est un diner privé.
-       Il peut rester, affirma Sharon. Tire une chaise et prends une assiette James.
Un large sourire s’étirant sur le visage, il passa devant Shareef qui lui au contraire, avait les yeux écarquillés comme deux soucoupes. Il serra les poings pour ne pas céder à la panique. Tout n’était pas perdu. James partirait certainement  dans une minute pensa t-il. James ne se fit pas prier et vint s’asseoir a côté de Sharon. Ils restèrent tous dans un silence gênant, Sharon les yeux baissés, James un sourire en coin et Shareef, au comble de l’énervement. Ce fut James qui engagea la conversation, contre toute attente.
-       Alors, Sharon, où est ce que tu as passé ta nuit ? Ton cher mari était mort d’inquiétude.
Elle ignora sa question et déglutit, tout en gardant les yeux vissés sur son assiette.
-       Tu sembles soucieuse, et fatiguée, reprit-il. La nuit d’hier devait vraiment être torride, enchaina il en lui adressant un clin d’œil.
Sharon avala son repas de travers et se mit à tousser bruyamment. Shareef, qui était aux petits soins, vint près d’elle et lui tendit un verre d’eau dont elle but avidement.
Lorsqu’elle eut fini de boire, elle lui adressa un regard indifférent et finit par répondre.
-       Ce que je fais de ma vie ne te regarde pas James. Et si tu veux savoir, j’ai décidé de profiter de ma vie. De ne plus jamais regarder en arrière, de ne plus commettre les mêmes erreurs.
-       Ah mais, c’est très bien. Je crois que c’est la meilleure chose pour toi. En tous cas, tu as mis du temps avant de t’en rendre compte, argua t-il.
Tous les deux parlaient de tout et de rien, devant le regard médusé de Shareef. C’était comme s’il n’était pas là. Il fallait qu’il fasse quelque chose, James était en train de gâcher sa seule chance de se faire pardonner.
-       Dis-moi, James, où en es tu avec tes relations ? tu as quelqu’un dans ta vie non ? demanda Shareef en mimant un regard candide.
-       Peut être, peut être pas, se contenta de répondre James l’air songeur. En tous cas, lorsque j’aurai trouvé une femme qui valle la peine d’en parler, une femme qui d’un seul regard serait capable de me mettre dans tous mes états, tu en seras le premier informé. Et tout en continuant sa phrase, il passa sa main sous la table et caressa la cuisse de Sharon. Il lui toucha les genoux, puis remonta jusqu’à son entrejambe…
Celle-ci, surprise enleva brutalement sa jambe et heurta la table, ce qui eut pour effet de faire tomber sa fourchette, ainsi que son verre d’eau par terre.
-       Désolée, je suis désolée, marmonna t-elle en se levant de table.
-       Tu veux que je t’aide ? demanda Shareef.
-       Non, pas la peine, lui répondit elle en se précipitant dans la cuisine.
James, manifestement content de lui croisa les bras sur sa poitrine et se contenta de sourire encore. Shareef, intrigué par le comportement de sa femme, voulut aller la rejoindre mais aussitôt son téléphone sonna. Lorsqu’il vit le numéro inconnu, il se leva lui aussi et alla plus loin pour parler. James se rendit dans la cuisine où se trouvait une Sharon rouge comme une pivoine.
-       Non mais qu’est ce qui t’arrive James ? tu es malade ? c’était quoi ça ?
Ce dernier la regarda d’un air sérieux et avança d’un pas vers elle. Elle continuait de parler, de se plaindre et de l’insulter, mais lui était captivé par sa bouche, la sensualité avec laquelle Sharon claquait la langue, lorsqu’elle la passait sur sa bouche et réfléchissait avant de reprendre la parole. Divine, elle était tout simplement divine. Il s’avança encore. Lorsque Sharon s’en rendit compte, elle essaya de s’esquiver mais se retrouva coincée contre le frigo. Elle n’avait aucune échappatoire. James était si grand qu’on avait l’impression qu’il remplissait la pièce à lui tout seul. Et la sensation de ce matin refit surface. Sharon se tut, se contenta de le fixer. Haletante, les sens en alerte. Il était si près d’elle qu’elle sentait son aftershave.
-       James, non…
Ce fut tout ce qu’elle put dire avant d’être Happée dans un tourbillon de désir dans lequel elle se perdit. James, l’embrassa goulûment, il prenait tout, il lui tenait les hanches ici, pétrissait un sein la. Puis il la souleva tout d’un coup et la fit asseoir sur l’évier, tout en continuant de l’embrasser avec la même frénésie. Sharon était dépassée par les évènements. Elle était déboussolée. Son esprit partait dans tous les sens. Sa tête lui intimait d’arrêter cela au plus vite, tandis que son cœur, les pointes dures de ses seins, ainsi que sa féminité palpitante quant à eux, la suppliaient de continuer, de se laisser aimer, de la laisser se sentir femme, juste une fois. Shareef et elle avaient une activité sexuelle quasi inexistante depuis des mois et elle en avait besoin. Comme ça, de manière sauvage, avec le risque que Shareef les surprenne.  Cela donnait  certain un piquant à cette situation, aussi, Sharon se laissa guider par les mains expertes de James partout sur elle. Celui-ci, maître de la situation, savait exactement où la toucher pour la faire grimper d’un cran sur l’échelle du plaisir. Il aurait voulu la prendre là  mais ils n’avaient pas assez de temps. Il lui ôta sa culotte d’un geste rapide et la pénétra lentement, très très lentement. Puis ils adoptèrent un rythme plus soutenu. Sharon avait de plus en plus de mal à rester muette et lorsqu’elle s’apprêtait à hurler de plaisir, il se retira. Après de nombreux efforts pour reprendre le contrôle, Il lui tint le visage avec les deux mains, et lui chuchota à l’oreille :
-       Après ça, tu ne pourras pas nier qu’il ne s’est rien passé Sharon. Nous n’en avons pas fini tous les deux.
 Puis, pour clore ses propos, il lui lança son sourire le plus diabolique et s’en alla au salon.
Une honte sourde s’empara de Sharon. Réprimant ses larmes, elle descendit, arrangea machinalement son apparence et sortit, non sans avoir repris une contenance. C’est donc la mine indéchiffrable qu’elle le rejoignit dans le salon. Pendant ce temps, Shareef décrocha le téléphone en grognant un allô à peine audible.
-       Shareef ?
-       Fayadila ?? comment as-tu eu mon numéro ?
-       Ce n’est pas important. J’ai besoin de te parler, Shareef.
-       Pas maintenant Fayadila.
-       Quand ?
-       Je ne sais pas Fayadila.  Peut être jamais. Pour l’instant, il faut absolument que je récupère ma femme.
Il se rendit compte trop tard qu’il avait pensé tout haut en donnant cette dernière réponse.
-       Fayadila écoute…
-       Vas te faire voir, Shareef. Dit-elle en raccrochant sèchement le téléphone.
Il leva les yeux au ciel et poussa un cri rauque de frustration. Tout allait de travers ce soir. Soupirant à s’en fendre l’âme, il resta encore un peu à réfléchir, puis se retourna au salon où il trouva Sharon et James sagement assis. Il les regarda tour à tour, puis son regard se figea sur Sharon un instant.
-       A quel moment t’es tu démaquillée, Sharon ? je ne suis parti qu’une quinzaine de minutes.
-       Eh voilà c’est reparti, lança James. Arrête de faire comme si ça t’intéressait Shareef. On sait tous que tu t’en fiches.
-       La ferme, James. Je parle à ma femme là. Sharon ?
-       Oui, tu mettais du temps à venir, alors je suis montée il ya à peine cinq minutes me démaquiller, bredouilla t’elle.
-       Très bien, les tourtereaux, il est temps pour moi de m’en aller, rétorqua James. A plus !
Sur ce, satisfait d’avoir mis la pagaille dans leurs esprits à tous les deux, il s’en alla enfin.
-       Tu ne devrais pas lui parler Sharon. Tu devrais savoir que même si c’est mon frère, nous sommes ennemis. Il fait tout ceci pour nous séparer. On est mariés, et j’ai besoin que tu me soutiennes, pas que tu fasses alliance avec mon frère dès que j’ai le dos tourné. Commença Shareef.
-       Ce sont vos affaires Shareef. Le travail, la compagnie, ça ne concerne que vous. Tout ce que je retiens, c’est que c’est ton frère. Je reste en dehors de vos querelles.
Encore troublée par ce qu’elle venait de vivre, elle se leva et se rendit dans la chambre. Et voilà, songea Shareef. Il avait officiellement raté ce diner, en tous points. La mine déconfite, il débarrassa la table et alla se coucher. Lorsqu’il arriva dans la chambre, il constata que Sharon n’y était pas. Ses affaires non plus.  C’est en longeant les murs du couloir qu’il la trouva assise sur le lit, dans la chambre d’amis, en train de plier ses affaires. Surpris, il l’interrogea sur ce déménagement on ne peut plus inattendu.
-       J’ai besoin de réfléchir, de faire le vide. Ce serait mieux pour nous deux que chacun puisse réfléchir de son côté, conclut elle.
-       Je suis tout à fait d’accord, mais je ne vois pas en quoi dormir ici, ferait une différence, je ne vais pas te sauter dessus.
-       Justement, puisque cela ne fait aucune différence, autant rester ici. Riposta t-elle. Je suis fatiguée et j’ai sommeil Shareef. Bonne nuit, ferme la porte en sortant, répliqua t’elle en éteignant la lumière.







Une semaine passa, sans que la situation ne change. Ils ne se voyaient presque jamais. Sharon faisait tout pour l’éviter. Lorsqu’il rentrait très tard, elle dormait déjà et lorsque tous les deux ne travaillaient pas, elle prenait tous ses repas dans sa chambre, ne sortant que lorsqu’elle se rendait en ville. Shareef avait horreur d’être ignoré de la sorte mais il préférait lui laisser du temps. Pour l’heure, il devait se concentrer sur la mission qu’il devait effectuer dans trois jours, notamment pour l’expansion de leurs vins dans les pays d’Asie. Il se sentait vraiment fier que son père l’ait choisi il ya deux mois de cela, pour effectuer cette mission. Il allait faire de son mieux pour la faire réussir. Lorsqu’il eut fini de ranger ses documents, il se rendit à l’accueil pour demander à Ashleigh de lui donner de plus amples informations sur la mission.
-       La mission ? dit-elle en regardant les autres secrétaires. Vous ne savez pas ? Mr Prince a décidé que c’est Mr James qui y allait à votre place.
-       C’est impossible voyons, dit il en proie à une violente panique. Cela a été décidé depuis des mois.
-       Apparemment c’est tout à fait possible monsieur, et c’est ce qui s’est passé. Je suis désolée monsieur. Voyez cela avec monsieur Prince, je ne veux pas avoir de problèmes.
Shareef serra la mâchoire, indigné. A quoi cela aurait il servi ? Il connaissait son père et imaginait déjà ce que ce dernier lui répondrait, « tu es indigne de cela, tu m’as déçu » et autres phrases dans ce sens. Tout le monde avait l’air de beaucoup s’amuser de la manière dont il perdait le contrôle dans cette société. Il se fichait pas mal des ragots que l’on pouvait raconter à son sujet, mais ce regard chargé de pitié que lui avait lancé Ashleigh la minute d’avant, il n’avait pas pu le supporter. Il savait que c’était de l’hypocrisie pure, parce qu’Ashleigh était amoureuse de James depuis des années, et ne le portait pas dans son cœur. Il en avait assez de ces mesquineries. Vivement qu’il ait ce poste pour nettoyer cet environnement infesté ! En tous cas, il n’allait pas se laisser faire. Pas cette fois.  Avec un sourire, il demanda encore à la secrétaire :
-       Il n’y a aucun problème. Et donc James est venu récupérer tous les documents relatifs à la mission ?
-       Non, dit-elle la mine sévère, aucunement dupe face à son petit manège. Tous les documents ont été amenés chez lui.
- Ah, reprit-il avec un large sourire. Ok alors. Désolé de vous avoir dérangé ! dit il en s’élançant rapidement vers la sortie.
James devait être surement à son bureau, il fallait absolument qu’il se rende chez lui pour récupérer ces documents. Ainsi il pourrait aller faire cette mission, même si c’était sans l’accord de son père. Ce n’était pas la meilleure idée du monde, mais entre ça et affronter son père, il préférait de loin la première option. Il arriva quelques minutes plus tard accompagné de Moises, à l’appartement de son frère. Il n’eut à dire qu’il était le frère de Mr Kingston, qu’il voulait lui faire une surprise. Le concierge, le laissa tout de suite entrer dans l’immense salon et Shareef se laissa tomber sur le divan, faisant mine d’attendre son frère. Lorsqu’il se fut assuré qu’aucun des domestiques ne le regardait, il se dirigea vers la chambre. Tout était parfaitement rangé. Chaque objet était à sa place. Une chambre à l’image de son propriétaire, imagina t-il en levant déjà les yeux au ciel. Bon, se dit il, ou aurait il bien pu mettre ces maudits documents ?
Il fouilla chaque tiroir, chaque placard, mais ne trouva rien. Il n’avait rien vu non plus dans le salon, pensa t-il. Il fit le tour du lit et se retrouva de l’autre côté, qui faisait face à la porte de la salle de bain. Il se baissa pour fouiller d’autres tiroirs, toujours rien.  Il se releva, poursuivit son expédition du regard à la recherche d’un quelconque indice. En se rapprochant de la salle de bain, son pied heurta quelque chose qui roula jusqu’à la porte entrebâillée de celle-ci. Intrigué, il ouvrit en grand la salle de bain et y trouva plusieurs  autres perles éparpillées. Elles devaient surement provenir d’un collier, ou d’une chaine. Une chaine ?  Il se baissa et prit une des perles dans sa main pour la regarder de plus près. Le sang se retira de son visage, lorsqu’il réalisa ce qu’il avait entre les mains. Ni plus, ni moins que les perles de la chaine aux reins qu’il avait lui-même offerte à Sharon…
Si jusque là, ce n’avait été qu’une expression pour lui, Shareef expérimentait en direct ce que signifiait « voir rouge ». Il serra si fort la perle entre ses mains que les jointures de ses doigts en devinrent blanches. Il sortit en trombe de la chambre et se précipita vers sa voiture.
-       Descends Moises, descends !!
-       Mais qu’est ce que vous faites monsieur, s’exclama Moises en le regardant prendre le volant. Où est ce que vous allez ?
-       Je vais régler son compte à ce fils de pute.
Le reste ne fut que fumée et vrombissement du moteur, comme pour annoncer les couleurs de l’esclandre qui risquait d’arriver…

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