jeudi 29 août 2013

Rêve illusoire (suite et fin)






Frederic Beigbeder


Part 2/2



J'ai encore cette terrible impression de sentir mon coeur s'arracher de ma poitrine.Mon Dieu j'ai le vertige, et c'est comme si mes membres inférieures me faisaient faux bond. J'ai eu le réflexe de poser ma main sur ma poitrine,mais j'ai déjà sonné et là j'ai envie de m'en aller. Mais je ne m'en irais pas, quand-même pas, je suis à un "point de non retour" comme le dirait Guillaume Musso. J'ai déjà sonné et le taxi est sûrement parti. Tamaya, sois courageuse pour toi, pour ton enfant. S'il y a une vérité à savoir elle te sera forcément rédemptrice.
- Oui bonjour ! Lança une jeune femme de taille moyenne aux teintes d'ébène. Elle me souriait, tout en cachant le reste de son corps derrière la porte.
Moi comme une bonne idiote je commençais à balbutier tout en ayant du mal a respirer, comme si j'étais aphone.
-Vous allez bien Mademoiselle ? Venez entrez vous assoir je sais ceque sais.
Quand elle se dégagea de la porte, pour prendre ma valise,je me rendis compte qu'elle était enceinte.Je crois que j"aurais voulu m'évanouir à cet instant précis.
Je me rendis compte que j étais bien chez Yvan en balayant d'un regard la pièce centrale du salon. Je n'avais toujours pas dit un seul mot à la demoiselle ou la dame c'est peut être sa femme.
-Excusez moi, où sont les toilettes ?
- Prenez le couloir central, la porte de gauche! Je vous sers un verre d'eau fraiche pendant ce temps ?
-oui s'il vous plaît.
Tout doucement les jambes tremblantes je me dirigeai vers le couloir selon ses indications.
Une fois dans les toilettes, je fermai la cuvette et je m'effondrais en larmes assise. Je n arrêtai pas de pleurer pendant au moins un quart d'heure. Mes larmes perlaient sur mes joues tel un chapelet de trahison, de colère, de doutes, d'inquiétudes. Mon enfant aura t-il l'opportunité primitive de grandir entouré d'un père et d'une mère au sein d'un cocon familial empli d'amour ? 
De plus, cette femme est peut être l'épouse légitime d'Yvan. Moi je ne suis qu'une pauvre idiote bernée, et sûrement la dernière  personne  à lui faire des remontrances, car je me suis toute seule enfouie dans ce tourbillon d'embrouilles. Franchement, pour qui est-ce que je me suis prise en voulant croire en l'amour ? Il m'étais totalement impossible de penser qu'Yvan était un homme marié.J'ai toujours su qu'il voulait avoir des enfants, en tant que jeune cadre dynamique allant sur ses 30 ans, il avait le souci de fonder une famille. J'ai eu 5ans de relation avec cet homme que j'aime vraiment, nous avons partagé nos quotidiens nos vies dans les détails les plus intimes sur skype, s'il avait une épouse je l'aurais su, au moins un jour. J'admets cependant que faire un enfant, a la différence des autres filles, cela ne m'a jamais intéressés Yvan m'a longtemps supplie pour que j'en porte un de lui. Par ailleurs, pourquoi me suplirait-il de lui faire un enfant pendant qu'il est lui-même marié a cette belle femme capable d'en faire, qui est elle même enceinte en ce moment ? Je ne savais plus où donner de la tête et encore à quel saint me vouer.Soudainement, je sentis un flot de tristesse m'envahir, il n'y a pas 36 solutions,je suis L'Idiote de cette odieuse farce.
J'entends frapper à la porte des toilettes, c'est encore elle, mon Dieu si seulement elle savait de qui l'enfant que je portais était, elle cesserait cette charité inconsciente, et ses grands sourires chaleureux. J'ai mal très mal pour mon enfant et moi... Mais j'ai aussi mal pour elle. Peut-être que je devrais m'expliquer avec elle, éclaircir les choses avec elle. Elle semblait gentille, elle mérite aussi de savoir quel genre de crapule Yvan est. Je prendrais mon courage à deux mains pour lui parler et reprendre mon avion pour Ottawa, je n'ai rien a dire à Yvan, de toute façon je n'aurais plus jamais rien à lui dire.
-Mademoiselle, ça fait un bon moment que vous y êtes ? S'il le faut j'appellerai un médecin.
Je finis par me lever des toilettes, sécher mes larmes rapidement avec du papier toilette pour répondre d'une voix enrouée de pleurs entre deux sanglots
-Non ça ira. Dis-je en ouvrant la porte
- vous avez pleuré? Vous êtes vraiment en plein bouillonnement d'hormone.
Oh mon Dieu, elle venait de poser sa main sur mon épaule. Ce geste qu'elle venait de poser envers moi me poussa à prendre mon courage et lui dire tout.
- Faut que je vous parles, pourriez vous m'accorder un petit moment?
- Je vous en prie prenez place.C'est moi ou Yvan que vous vouliez voir ? Demanda t-elle avec un regard pénétrant
Comment répondre ?
- Je m'attendais a rencontrer l'épouse d'Yvan car je ne savais pas qu'il en avait une.
Elle me regarda longtemps puis adoucit son visage aux traits fins d'un sourire en éclatant de rire les bras croisés. C'était bien la dernière réaction à laquelle je pouvais m'attendre.Serait-elle aussi dépassée que moi? Ça sent le catch, un catch de femmes enceintes.
-C'est pour ça que vous étiez si troublée?
- Qui êtes vous ? Demandais-je étonnée
-Je vous retourne la question, vous êtes dans mon salon je me suis montrée assez hospitalière avec vous sans même exiger que vous me decliniez votre identité . répondit t elle de façon toute aussi pertinente que naturelle.
-Tamaya Kakou je vis a Ottawa, je suis la copine d'Yvan et je porte un enfant de lui.
Elle resta bouche bée, et sa mine traduisait une énorme surprise.
-Depuis combien de temps entretenez vous cette relation avec Yvan?
J'inspirai profondément avant de prendre une gorgée du verre d'eau posé sur la table
-5 ans, dites moi qui vous êtes maintenant ?
- Joyceline Akaffou, je suis bientôt a terme, mon copain m'a largué, Yvan est la seule famille que j'ai en France j'ai aménagé chez lui, étant a terme, il a proposé que je vive avec lui, je suuis sa cousine.
Ces mots sonnèrent comme un zouk mielleux à mes oreilles, elle n'était pas son épouse.J'aurais du m'en douter car cet accueil chaleureux ne viendrait pas d'une épouse. Je planais dans les cieux, jusqu'à ce qu'elle renchérisse.
- Mais je suis quand même triste pour vous Tamaya...
- Pourquoi ? Demandais-je abasourdie
- c'est très compliqué, je ne pense pas que je sois la mieux placée pour vous dire cette vérité ..
-Joyceline, croyez moi si j'ai pu penser quelques vous étiez l'épouse d'Yvan pendant une demie heure et que je suis toujours en vie sans avoir été sujette d'un arrêt cardiaque, je suis disposée à tout entendre.
-je n'en suis pas si sur ! Lança t-elle en secouant la tête, comme pour me dissuader d'e mon envie d'en savoir plus
- Je sais que vous êtes quelqu'un de bien,soyez le jusqu'au bout, dites moi la vérité, une fois que je la saurais, je disparaitrais dans le silence, ni vous, ni Yvan entendrez parler de moi, je peux vous le jurer sur mon enfant
- Vous êtes venu parce que vous avez eu des échos sur Yvan?
- Aucunement.
-Yvan se marie aujourd'hui.
Ma crise cardiaque, je devrais en principe l'avoir aujourd'hui au moment même, à la minute,à la seconde car je ne voulais qu'une seule chose. Ma gorge était nouée comme tous mes sens d'ailleurs...
- Yvan se marit vraiment aujourd'hui, à quelle heure  ?
- Dans 2 heures à la mairie de Puteaux.
- Yvan ne peut pas me faire ça? Dis je en éclatant en sanglots
- je suis désolée de vous l'apprendre comme ça, je m'attendais a tout sauf a savoir que vous étiez sa copine
Le son strident de la sonnerie interrompit magistralement nos confessions. Joyceline s'empressa d'aller ouvrir. C était lui, l'homme qui se marie aujourd'hui Yvan. Quand il entra dans le salon et me vit assise, les yeux pleins de larmes avec ce ventre rond, sa surprise fut grande.Il se prit la tête entre les deux mains, cela traduisait son étonnement mais aussi sa panique. Il s'avançait vers moi, je le regardais confuse, depuis tout ces mois que je ne l'avais pas vu il était toujours aussi beau, cette peau de carteron aux teintes dorées et mielleuses, lui l'homme que j'ai toujours aimé, le père de mon enfant, qui se marie dans deux heures.Comptait-il me serrer dans ses bras, me chasser de chez lui,me donner des explications, m'embrasser, toucher mob ventre ?
Joyceline nous a laissé tous les deux au salon, et ni lui, ni moi n'arrivions a faire sortir un mot. Je finis par briser le glas du silence entre deux sanglots.
- Alors comme ça, tu te maries dans 1h37 minutes dis-je en regardant le cadran de ma montre?
-Tamaya... Dit il en se mettant a genou
Je l'interrompis en criant énervée :
- Ne me touches pas, Yvan.
- Pardonnes moi Tamaya, tu es une femme formidable et je n'aurais jamais dû t'utiliser pour me faire un enfant, je devais te dire la vérité depuis le début..
- En plus de m'avoir utilisé, tu m'as blessé, tu m'as humilié,  pendant 5ans Yvan. Tu n'as pas de conscience ? Tu n'as pas de coeur?
- Ce n'est pas seulement à toi que j'ai fait du mal, mais a toute ma famille Tamaya
-Pourquoi tu ne lui as pas fait d'enfants à elle ? Elle est stérile ? Je suis ta pondeuse ?
- Tamaya, je suis amoureux d'... un homme
- Yvan ? Qu'es-ce que tu viens de dire ?
- Je me marie avec lui, j'épouserais un homme pas une femme car je   suis un homosexuel.
Le monde s'ecroulait, Yvann? Gay? Non quand
meme pas, jamais je n'ai eu le moindre soupçon, mon Yvan avec ses musles saillants, sa taille de Dieu grec, cette virilité qu'il degageait ne pouvais pas être Gay.
-Tu m'as utilisé pour mentir à tout ton entourage,  tu me dégoûte Yvan !tu t'es servie de moi répondis-je en crachant sur lui
- pardonne moi dit il les larmes aux yeux.
-dégage de là! Lançais je en empoignant la manche de ma valise pour me diriger vers la porte.
- Je t'en prie pense à notre enfant..
- Donne ton sperme de crapule à une mère porteuse! On ne sert pas des gens comme cela, tu as abusé de mon innocence, profité de cet amour aveugle que j'avais pour toi. Me concernant tu peux  nous oublier mon enfant et moi. Je vous souhaite tout le bonheur du monde à toi et Monsieur.. 
ADIEU Yvan
Fin

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