jeudi 5 décembre 2013

Jusqu'où irons nous? Part 4







Il fallait qu’elle dise quelque chose. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Dans la tête de Sharon se mêlaient rire et dérision, doute et culpabilité. Mais qu’est ce qu’elle allait bien pouvoir faire ? Elle avait déjà tellement de problèmes, il fallait qu’elle en remette une couche ! Comment diantre avait elle pu en arriver la ? James qui dormait toujours, se retourna. Elle pouvait voir les courbes de sa bouche, de longs cils ourlant ses paupières, la barbe de deux jours naissante. Elle se serait crue presqu’au bon vieux temps… Non, se morigéna t’elle. Ce n’était ni l’endroit ni le moment. Elle devait quitter cet endroit avant que James ne se réveille, avec un peu de chance, il était aussi saoul qu’elle la veille et ne se souviendrait absolument pas de ce qui s’était passé dans cette chambre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sharon remit prestement ses sous vêtements, ses bas, trouva sa robe noire au pas de la porte de la chambre, mais une paire de talons haut. Levant les yeux au ciel d’agacement, elle s’accroupit sous le lit et regarda en dessous pour voir si elle trouvait sa chaussure.
-       Déjà debout ? lui souffla James à l’oreille.
Sharon sursauta si brusquement qu’elle se cogna la tête contre le sommier. Etouffant un juron, elle se leva en prenant la paire de chaussure que lui tendait James.
-       Désolé de t’avoir effrayée, reprit-il.
Sharon resta un moment saisie par le tableau qui s’offrait à elle. James ne portait en tout et pour tout un boxer ultraserré, moulant superbement ses reins étroits, et en levant les yeux, elle remarqua la toison brune de sa poitrine, ses pectoraux durs, ses épaules larges. James qui avait surpris ce regard, sourit. Il s’apprêtait à dire quelque chose puis se ravisa. Sharon, comme si de rien était porta sa chaussure et se précipita vers la porte. James lui bloqua le passage.
-       Où espères-tu aller comme ça ? Tu vas faire comme s’il ne s’était rien passé ?
Sharon se tint la tête entre les mains et leva les yeux vers lui apeurée.
-       Mais qu’est ce que j’ai fait ? qu’est ce qu’on a fait ? mon dieu, qu’est ce qu’on va faire !!!
-       Calme-toi Sharon. Assois-toi s’il te plait.
-       Non, je ne veux pas ! tout est de ta faute ! c’est toi qui m’as emmenée ici contre mon gré ! Seigneur, dit-elle en portant la main à sa bouche.
-       Hey, je te rappelle que j’ai voulu te ramener chez toi hier, c’est toi qui a insisté pour rester. Et pourquoi est ce que tu cries comme ça ? de quoi as-tu peur ? que je le dise à Shareef ?
Sharon tressaillit en entendant le nom de son mari.
-       Non, dit-elle en détournant le regard. Je me moque de ce qu’il pourrait faire ou penser actuellement.
-       Alors pourquoi… dit il en lui caressa l’épaule.
Sharon se dégagea, comme s’il l’avait brûlée.
-       Non James. Il ne s’est rien passé ici. Ne te fais pas d’idées. Oublie cette nuit, oublie même que je me trouve ici en ce moment.
-       Mais Sharon…
Ils furent interrompus par de violents coups frappés à la porte de la chambre. Les coups étaient si forts que James aurait juré qu’ils auraient réveillé tout le voisinage.
-       Qui est ce donc ? hurla t-il énervé. Arrêtez ce bruit !
-       C’est moi Shareef, répondit la voix derrière la porte. Et désolé de frapper comme ça mais je sonne depuis plus d’une demie heure, tu ne me réponds pas.
James se retourna et vit une Sharon livide. Elle était si pâle qu’on aurait dit qu’elle allait s’évanouir. Il la prit rapidement par le bras et la poussa dans la salle de bain, puis referma la porte. Il alla ensuite ouvrir. Shareef entra comme une fusée et lança un regard circulaire dans la chambre.
-       Qu’est ce que tu veux Shareef ? tonna t-il.
-       Je cherche ma femme. Elle n’est pas rentrée depuis hier. Je  ne sais pas, tu ne l’aurais pas vue ? ou entendu quelque chose la concernant ?
James sourit et le toisa avec hauteur.
-       Je ne suis pas le gardien de Sharon. Pourquoi me réveiller de bonne heure pour de telles âneries Shareef ? Depuis quand est ce que tu t’en préoccupes pour la chercher ?  Si tu t’en souciais ne serait ce qu’un peu, elle ne serait pas partie, dit il sarcastique.
-       Je me passerai de tes commentaires ce matin. Je veux juste que tu me donne des informations si tu en as, point. Si je ne me souciais pas de ma femme, je ne serai pas en train de la chercher en ce moment James. S’il te plait ne me perd pas le temps, tu l’as vue, oui ou non ?
James éclata de rire.
-       Qui est ce que tu crois tromper ?  tu te fiches de Sharon, Shareef. Tu veux juste la garder près de toi pour le poste, n’est ce pas ? C’est très bas, tu sais. Même pour toi. Si père ne nous avait pas imposé d’avoir une famille pour accéder au poste de PDG, tu n’aurais même pas levé un orteil pour elle. Je crois que celui  dont le temps est perdu ici, c’est moi. Je me moque de tes histoires de femme et d’enfant, j’ai d’autres chats à fouetter. Cherche ta femme où tu veux, mais pas chez moi. Ne t’avise plus de faire du bruit chez moi comme tout à l’heure. Maintenant dégage. Tu connais la sortie !
Shareef répondit à son regard méprisant et tous deux se jaugèrent, pendant une infime seconde.
-       Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici, dit-il enfin. Clairement, j’aurais du chercher ailleurs. Parce que Sharon ne reviendrait jamais chez un homme qu’elle a quitté pour moi, dit il en lui portant l’estocade finale.
James accusa le coup. Génial, cet imbécile avait réussi à lui gâcher sa journée se dit il, la mine désormais impassible. Il allait le payer, se promit-il. Lorsqu’il se fut assuré que Shareef était bien parti, il alla sortir Sharon de la salle de bain.
-       Tu connais la sortie toi aussi, lui dit il le regard dur.
Sharon ne savait pas quoi lui dire. Même si ses yeux lançaient des éclairs et que sa bouche s’était changée en un pli dur,  elle savait que Shareef l’avait blessé tout à l’heure. Pas qu’elle ressente encore quelque chose pour lui, loin de là. Elle avait juste de la peine de voir deux frères se déchirer autant. Elle se contenta de s’en aller, avant de lui jeter en dernier regard. Lorsqu’elle fut partie elle aussi, James avait retrouvé son aplomb. Il s’assit sur le lit et se dit qu’il avait enfin trouvé un moyen de faire perdre son frère. Il avait lu le trouble dans les yeux de Sharon, la déception lorsque celle-ci avait entendu que Shareef ne la cherchait que pour le poste. Et aussi, le désir qu’elle avait ressenti en le regardant. C’était suffisant, décréta t’il. Son couple battait déjà de l’aile, il n’avait qu’à frapper un tout petit coup et il les briserait tous les deux. Il se grattait déjà la barbe, excité.

Sharon arriva après quelques minutes seulement chez elle. Imaginez son étonnement quand elle trouva Shareef devant la porte d’entrée, assis dans les escaliers. Elle se gara et descendit de la voiture.
-       Qu’est ce tu fais ici ? tu as perdu tes clés ? demanda t-elle.
-       Où est ce que tu étais ? lui asséna t-il.
-       Je vais te répondre la même chose qu’hier, et j’espère que je n’aurai pas à le répéter Shareef. Ce n’est pas ton problème.
-       Comment ça ce n’est pas mon problème ?! cria Shareef qui contenait à grand peine sa colère. Je suis ton mari bon sang et tu es sous ma responsabilité ! est  ce que tu as la moindre idée du sang d’encre que je me suis fait toute la nuit ?
Sharon le toisa d’un regard glacial, tel que ça en aurait donné des sueurs froides à quiconque se trouvait dans ce garage.
-       Mon mari ?? s’il te plait, n’utilise pas des mots si tu ne connais pas leur signification. Est-ce que tu sais au moins ce que ce mot veut dire Shareef ? mon mari, maugréa elle. Tu t’es inquiété ? et bien je m’en fous complètement. Je m’en tamponne Shareef. Tu sais combien de nuits j’ai passé à attendre que tu rentres ?  à m’inquiéter comme une folle alors que tu étais dans des bars ? tu me joues quoi là ? le mari déprimé ? non franchement, c’est pathétique Shareef.
-       Ecoutes, dit-il en baissant d’un ton. Il faut vraiment qu’on parle. Laisse-moi au moins m’expliquer.
-       Tu sais quoi Shareef, Je t’ai juré que je ne te demanderai plus jamais rien. Je ne te poserai plus jamais de questions sur les lieux tu vas, ce que tu fais, etc.  Alors fais de même pour moi. Vivons chacun nos vies de nôtre côté. Je  ne veux plus te voir ni te parler Shareef. Je ne veux même plus que tu t’inquiètes pour moi. Ça ne servira à rien, parce que moi, je ne vais pas le faire. Considère-moi juste comme une colocataire avec qui tu vis dans la même maison. Désormais, c’est tout ce que nous partagerons. La même maison Shareef, rien de plus. Elle le laissa planté la et s’en alla. Un grand découragement et une infinie tristesse s’emparèrent d’elle et c’est le cœur lourd qu’elle regagna sa chambre. Même si elle lui faisait croire qu’elle ne voulait plus de lui, elle était encore blessée et humiliée. Et en rentrant, lorsqu’elle l’avait vu sur le perron, la mine triste, elle avait presque failli descendre pour le serrer dans ses bras, pour lui dire qu’elle lui pardonnait, qu’ils devaient reprendre à zéro. Mais elle savait déjà que cela n’aboutirait à rien. Shareef ne changerait jamais. Ou du moins, pas pour elle. C’était difficile à admettre certes, mais c’était la vérité. Elle avait mis du temps, beaucoup de temps à se faire à cette idée. Des larmes perlèrent sur ses joues.  En regardant leurs photos dans la chambre à coucher, elle pleura de plus belle. Sur son cœur brisé en mille morceaux à chaque fois qu’elle le voyait, sur tous les efforts qu’elle devait faire pour garder ce visage indifférent, sur James qu’elle avait sans doute blessé aussi, sur sa misérable vie.  Shareef entra doucement dans sa chambre et la trouva assise, sanglotant sur le lit. Il vint près d’elle, se mit à genoux et lui essuya les larmes de son pouce.
-       Je suis désolé Sharon. Pour tout. Je ne te demande pas de me pardonner, je te demande juste de me laisser une chance de te reconquérir, d’accord ? intima t-il le regard suppliant.  Je sais que je ne te mérite pas et que tu es en droit de me détester. C’est juste que… je ne peux pas me résoudre à ce que nous deux, ce soit terminé. Je te demande juste de me donner un mois pour te prouver que notre relation en vaut encore la peine. Et ce soir, juste un diner, dit il en lui embrassant la paume des mains. S’il te plait Sharon. Je t’en supplie.
Sharon le regardait sans le voir, fixant la main qu’il tenait. Elle la retira lentement, essuya ses larmes d’un geste rageur, se leva et sortit de la chambre.
Shareef ne se découragea pas. Il allait organiser ce diner. Même s’il ne restait plus rien de leur relation, il allait devoir sauver les apparences, quitte à faire semblant. Il ne pouvait pas se permettre de perdre Sharon actuellement. Déjà que son père était très en colère, savoir que Sharon et lui étaient séparés ne serait qu’à son désavantage.  Il fallait qu’elle retombe amoureuse de lui. Et il devait oublier Fayadila. Son cœur se serra rien qu’en pensant à cette idée. Il revit alors le visage de celle-ci offerte à ses caresses sur la plage. Son cœur se mit à battre sourdement, son sang à pulser dans ses veines. Il avait un gros problème là, se dit il en soupirant. Puis, écartant ces pensées de son esprit,  il se rendit au travail. Il y passa le plus clair de son temps mais son esprit était ailleurs. Il était tout excité à ce qu’il avait réservé pour Sharon. Il fallait que cela marche, sinon, il était mort. Il avait réservé des roses, fait décorer le salle-a-manger rien que pour eux. Pas de restaurant ce soir, juste le cadre chaleureux de leur maison. Il avait demandé aux domestiques de mettre des bougies parfumées à la lavande, le parfum préféré de Sharon. Tout était prêt. Il se demandait ce qu’en penserait Sharon. Il savait qu’elle ne tomberait jamais dans le panneau après ce qu’il lui avait fait il ya deux jours. Il espérait juste que cela la calmerait un peu. Et puis, il avait beaucoup d’affection pour elle et il ne voulait pas perdre son amitié. Ne pouvant décidément pas travailler, il quitta le travail plus tôt, et il arriva chez lui à 19 heures tapantes. Sharon était en train de travailler sur son ordinateur au salon. C’était vraiment bizarre. Toute la maison était décorée dans une ambiance romantique mais c’était comme si elle ne s’en apercevait même pas. La lavande sentait partout, et Sharon avait toujours la même mine blasée, devant son ordinateur. Elle enjambait même les bougies pour passer, comme si elles l’encombraient.
Tout ceci était de nature à lui saper son moral à lui, se dit-il. Mais il était plus difficile à décourager que cela. Il alla alors vers elle et la salua. Elle ne répondit pas. Il s’approcha encore et lui embrassa la joue. Et là, elle tressaillit. De plaisir ? De dégoût ? Il n’aurait pu le dire. En tous cas, elle avait réagi. Et c’était mieux que rien, somme toute.
-       Tu viens diner avec moi ? l’implora t’il.
-       Je travaille là. Et je n’ai pas très faim.
-       S’il te plait Sharon.
En soupirant, elle se leva de mauvaise grâce et le suivit jusqu’à la salle à manger. Ils s’assirent l’un en face de l’autre. Le feu des Chandelles dansait sur le visage de Shareef, lui donnant une allure presqu’irréelle. Sharon baissa les yeux, fixa son assiette. La nourriture avait le goût de cendre dans sa bouche.  Lorsqu’elle releva les yeux, elle rencontra ceux de Shareef, qui étaient brulants de désir. Son cœur battait si fort qu’elle n’entendait que lui. Elle était troublée. Ce soir, elle avait l’impression de retrouver son Shareef, celui qu’elle avait aimé. Il la regardait comme avant. Avec cette même avidité, comme s’il allait la manger crue. Elle avait tellement envie d’y croire. Mais elle ne savait quoi penser. Soit il était sacrément bon comédien, soit il voulait vraiment se faire pardonner.
On sonna alors à la porte. Shareef étouffa un juron et jeta son torchon sur la table. Il avait congédié tous les domestiques pour qu’ils puissent avoir la maison à eux. Aussi, il fut obligé d’aller ouvrir. Telle ne fut pas sa surprise lorsqu’en regardant à travers le judas, il vit se découper la haute silhouette de James. Il ouvrit la porte à demi, pour ne même pas que ce dernier ait une vue sur la salle à manger.
-       Tu veux quoi, James ?
-       Euh rien, je passais par là. Tu as retrouvé ta femme ?
-       Tu te fous de moi, là ? demanda t’il agacé.
-       Qui est ce Shareef ? demanda Sharon.
-       Personne d’autre que moi, dit-il en passant la tête par-dessus l’épaule de Shareef au grand désarroi de ce dernier.
-       Rentre chez toi James, menaça Shareef. C’est un diner privé.
-       Il peut rester, affirma Sharon. Tire une chaise et prends une assiette James.
Un large sourire s’étirant sur le visage, il passa devant Shareef qui lui au contraire, avait les yeux écarquillés comme deux soucoupes. Il serra les poings pour ne pas céder à la panique. Tout n’était pas perdu. James partirait certainement  dans une minute pensa t-il. James ne se fit pas prier et vint s’asseoir a côté de Sharon. Ils restèrent tous dans un silence gênant, Sharon les yeux baissés, James un sourire en coin et Shareef, au comble de l’énervement. Ce fut James qui engagea la conversation, contre toute attente.
-       Alors, Sharon, où est ce que tu as passé ta nuit ? Ton cher mari était mort d’inquiétude.
Elle ignora sa question et déglutit, tout en gardant les yeux vissés sur son assiette.
-       Tu sembles soucieuse, et fatiguée, reprit-il. La nuit d’hier devait vraiment être torride, enchaina il en lui adressant un clin d’œil.
Sharon avala son repas de travers et se mit à tousser bruyamment. Shareef, qui était aux petits soins, vint près d’elle et lui tendit un verre d’eau dont elle but avidement.
Lorsqu’elle eut fini de boire, elle lui adressa un regard indifférent et finit par répondre.
-       Ce que je fais de ma vie ne te regarde pas James. Et si tu veux savoir, j’ai décidé de profiter de ma vie. De ne plus jamais regarder en arrière, de ne plus commettre les mêmes erreurs.
-       Ah mais, c’est très bien. Je crois que c’est la meilleure chose pour toi. En tous cas, tu as mis du temps avant de t’en rendre compte, argua t-il.
Tous les deux parlaient de tout et de rien, devant le regard médusé de Shareef. C’était comme s’il n’était pas là. Il fallait qu’il fasse quelque chose, James était en train de gâcher sa seule chance de se faire pardonner.
-       Dis-moi, James, où en es tu avec tes relations ? tu as quelqu’un dans ta vie non ? demanda Shareef en mimant un regard candide.
-       Peut être, peut être pas, se contenta de répondre James l’air songeur. En tous cas, lorsque j’aurai trouvé une femme qui valle la peine d’en parler, une femme qui d’un seul regard serait capable de me mettre dans tous mes états, tu en seras le premier informé. Et tout en continuant sa phrase, il passa sa main sous la table et caressa la cuisse de Sharon. Il lui toucha les genoux, puis remonta jusqu’à son entrejambe…
Celle-ci, surprise enleva brutalement sa jambe et heurta la table, ce qui eut pour effet de faire tomber sa fourchette, ainsi que son verre d’eau par terre.
-       Désolée, je suis désolée, marmonna t-elle en se levant de table.
-       Tu veux que je t’aide ? demanda Shareef.
-       Non, pas la peine, lui répondit elle en se précipitant dans la cuisine.
James, manifestement content de lui croisa les bras sur sa poitrine et se contenta de sourire encore. Shareef, intrigué par le comportement de sa femme, voulut aller la rejoindre mais aussitôt son téléphone sonna. Lorsqu’il vit le numéro inconnu, il se leva lui aussi et alla plus loin pour parler. James se rendit dans la cuisine où se trouvait une Sharon rouge comme une pivoine.
-       Non mais qu’est ce qui t’arrive James ? tu es malade ? c’était quoi ça ?
Ce dernier la regarda d’un air sérieux et avança d’un pas vers elle. Elle continuait de parler, de se plaindre et de l’insulter, mais lui était captivé par sa bouche, la sensualité avec laquelle Sharon claquait la langue, lorsqu’elle la passait sur sa bouche et réfléchissait avant de reprendre la parole. Divine, elle était tout simplement divine. Il s’avança encore. Lorsque Sharon s’en rendit compte, elle essaya de s’esquiver mais se retrouva coincée contre le frigo. Elle n’avait aucune échappatoire. James était si grand qu’on avait l’impression qu’il remplissait la pièce à lui tout seul. Et la sensation de ce matin refit surface. Sharon se tut, se contenta de le fixer. Haletante, les sens en alerte. Il était si près d’elle qu’elle sentait son aftershave.
-       James, non…
Ce fut tout ce qu’elle put dire avant d’être Happée dans un tourbillon de désir dans lequel elle se perdit. James, l’embrassa goulûment, il prenait tout, il lui tenait les hanches ici, pétrissait un sein la. Puis il la souleva tout d’un coup et la fit asseoir sur l’évier, tout en continuant de l’embrasser avec la même frénésie. Sharon était dépassée par les évènements. Elle était déboussolée. Son esprit partait dans tous les sens. Sa tête lui intimait d’arrêter cela au plus vite, tandis que son cœur, les pointes dures de ses seins, ainsi que sa féminité palpitante quant à eux, la suppliaient de continuer, de se laisser aimer, de la laisser se sentir femme, juste une fois. Shareef et elle avaient une activité sexuelle quasi inexistante depuis des mois et elle en avait besoin. Comme ça, de manière sauvage, avec le risque que Shareef les surprenne.  Cela donnait  certain un piquant à cette situation, aussi, Sharon se laissa guider par les mains expertes de James partout sur elle. Celui-ci, maître de la situation, savait exactement où la toucher pour la faire grimper d’un cran sur l’échelle du plaisir. Il aurait voulu la prendre là  mais ils n’avaient pas assez de temps. Il lui ôta sa culotte d’un geste rapide et la pénétra lentement, très très lentement. Puis ils adoptèrent un rythme plus soutenu. Sharon avait de plus en plus de mal à rester muette et lorsqu’elle s’apprêtait à hurler de plaisir, il se retira. Après de nombreux efforts pour reprendre le contrôle, Il lui tint le visage avec les deux mains, et lui chuchota à l’oreille :
-       Après ça, tu ne pourras pas nier qu’il ne s’est rien passé Sharon. Nous n’en avons pas fini tous les deux.
 Puis, pour clore ses propos, il lui lança son sourire le plus diabolique et s’en alla au salon.
Une honte sourde s’empara de Sharon. Réprimant ses larmes, elle descendit, arrangea machinalement son apparence et sortit, non sans avoir repris une contenance. C’est donc la mine indéchiffrable qu’elle le rejoignit dans le salon. Pendant ce temps, Shareef décrocha le téléphone en grognant un allô à peine audible.
-       Shareef ?
-       Fayadila ?? comment as-tu eu mon numéro ?
-       Ce n’est pas important. J’ai besoin de te parler, Shareef.
-       Pas maintenant Fayadila.
-       Quand ?
-       Je ne sais pas Fayadila.  Peut être jamais. Pour l’instant, il faut absolument que je récupère ma femme.
Il se rendit compte trop tard qu’il avait pensé tout haut en donnant cette dernière réponse.
-       Fayadila écoute…
-       Vas te faire voir, Shareef. Dit-elle en raccrochant sèchement le téléphone.
Il leva les yeux au ciel et poussa un cri rauque de frustration. Tout allait de travers ce soir. Soupirant à s’en fendre l’âme, il resta encore un peu à réfléchir, puis se retourna au salon où il trouva Sharon et James sagement assis. Il les regarda tour à tour, puis son regard se figea sur Sharon un instant.
-       A quel moment t’es tu démaquillée, Sharon ? je ne suis parti qu’une quinzaine de minutes.
-       Eh voilà c’est reparti, lança James. Arrête de faire comme si ça t’intéressait Shareef. On sait tous que tu t’en fiches.
-       La ferme, James. Je parle à ma femme là. Sharon ?
-       Oui, tu mettais du temps à venir, alors je suis montée il ya à peine cinq minutes me démaquiller, bredouilla t’elle.
-       Très bien, les tourtereaux, il est temps pour moi de m’en aller, rétorqua James. A plus !
Sur ce, satisfait d’avoir mis la pagaille dans leurs esprits à tous les deux, il s’en alla enfin.
-       Tu ne devrais pas lui parler Sharon. Tu devrais savoir que même si c’est mon frère, nous sommes ennemis. Il fait tout ceci pour nous séparer. On est mariés, et j’ai besoin que tu me soutiennes, pas que tu fasses alliance avec mon frère dès que j’ai le dos tourné. Commença Shareef.
-       Ce sont vos affaires Shareef. Le travail, la compagnie, ça ne concerne que vous. Tout ce que je retiens, c’est que c’est ton frère. Je reste en dehors de vos querelles.
Encore troublée par ce qu’elle venait de vivre, elle se leva et se rendit dans la chambre. Et voilà, songea Shareef. Il avait officiellement raté ce diner, en tous points. La mine déconfite, il débarrassa la table et alla se coucher. Lorsqu’il arriva dans la chambre, il constata que Sharon n’y était pas. Ses affaires non plus.  C’est en longeant les murs du couloir qu’il la trouva assise sur le lit, dans la chambre d’amis, en train de plier ses affaires. Surpris, il l’interrogea sur ce déménagement on ne peut plus inattendu.
-       J’ai besoin de réfléchir, de faire le vide. Ce serait mieux pour nous deux que chacun puisse réfléchir de son côté, conclut elle.
-       Je suis tout à fait d’accord, mais je ne vois pas en quoi dormir ici, ferait une différence, je ne vais pas te sauter dessus.
-       Justement, puisque cela ne fait aucune différence, autant rester ici. Riposta t-elle. Je suis fatiguée et j’ai sommeil Shareef. Bonne nuit, ferme la porte en sortant, répliqua t’elle en éteignant la lumière.







Une semaine passa, sans que la situation ne change. Ils ne se voyaient presque jamais. Sharon faisait tout pour l’éviter. Lorsqu’il rentrait très tard, elle dormait déjà et lorsque tous les deux ne travaillaient pas, elle prenait tous ses repas dans sa chambre, ne sortant que lorsqu’elle se rendait en ville. Shareef avait horreur d’être ignoré de la sorte mais il préférait lui laisser du temps. Pour l’heure, il devait se concentrer sur la mission qu’il devait effectuer dans trois jours, notamment pour l’expansion de leurs vins dans les pays d’Asie. Il se sentait vraiment fier que son père l’ait choisi il ya deux mois de cela, pour effectuer cette mission. Il allait faire de son mieux pour la faire réussir. Lorsqu’il eut fini de ranger ses documents, il se rendit à l’accueil pour demander à Ashleigh de lui donner de plus amples informations sur la mission.
-       La mission ? dit-elle en regardant les autres secrétaires. Vous ne savez pas ? Mr Prince a décidé que c’est Mr James qui y allait à votre place.
-       C’est impossible voyons, dit il en proie à une violente panique. Cela a été décidé depuis des mois.
-       Apparemment c’est tout à fait possible monsieur, et c’est ce qui s’est passé. Je suis désolée monsieur. Voyez cela avec monsieur Prince, je ne veux pas avoir de problèmes.
Shareef serra la mâchoire, indigné. A quoi cela aurait il servi ? Il connaissait son père et imaginait déjà ce que ce dernier lui répondrait, « tu es indigne de cela, tu m’as déçu » et autres phrases dans ce sens. Tout le monde avait l’air de beaucoup s’amuser de la manière dont il perdait le contrôle dans cette société. Il se fichait pas mal des ragots que l’on pouvait raconter à son sujet, mais ce regard chargé de pitié que lui avait lancé Ashleigh la minute d’avant, il n’avait pas pu le supporter. Il savait que c’était de l’hypocrisie pure, parce qu’Ashleigh était amoureuse de James depuis des années, et ne le portait pas dans son cœur. Il en avait assez de ces mesquineries. Vivement qu’il ait ce poste pour nettoyer cet environnement infesté ! En tous cas, il n’allait pas se laisser faire. Pas cette fois.  Avec un sourire, il demanda encore à la secrétaire :
-       Il n’y a aucun problème. Et donc James est venu récupérer tous les documents relatifs à la mission ?
-       Non, dit-elle la mine sévère, aucunement dupe face à son petit manège. Tous les documents ont été amenés chez lui.
- Ah, reprit-il avec un large sourire. Ok alors. Désolé de vous avoir dérangé ! dit il en s’élançant rapidement vers la sortie.
James devait être surement à son bureau, il fallait absolument qu’il se rende chez lui pour récupérer ces documents. Ainsi il pourrait aller faire cette mission, même si c’était sans l’accord de son père. Ce n’était pas la meilleure idée du monde, mais entre ça et affronter son père, il préférait de loin la première option. Il arriva quelques minutes plus tard accompagné de Moises, à l’appartement de son frère. Il n’eut à dire qu’il était le frère de Mr Kingston, qu’il voulait lui faire une surprise. Le concierge, le laissa tout de suite entrer dans l’immense salon et Shareef se laissa tomber sur le divan, faisant mine d’attendre son frère. Lorsqu’il se fut assuré qu’aucun des domestiques ne le regardait, il se dirigea vers la chambre. Tout était parfaitement rangé. Chaque objet était à sa place. Une chambre à l’image de son propriétaire, imagina t-il en levant déjà les yeux au ciel. Bon, se dit il, ou aurait il bien pu mettre ces maudits documents ?
Il fouilla chaque tiroir, chaque placard, mais ne trouva rien. Il n’avait rien vu non plus dans le salon, pensa t-il. Il fit le tour du lit et se retrouva de l’autre côté, qui faisait face à la porte de la salle de bain. Il se baissa pour fouiller d’autres tiroirs, toujours rien.  Il se releva, poursuivit son expédition du regard à la recherche d’un quelconque indice. En se rapprochant de la salle de bain, son pied heurta quelque chose qui roula jusqu’à la porte entrebâillée de celle-ci. Intrigué, il ouvrit en grand la salle de bain et y trouva plusieurs  autres perles éparpillées. Elles devaient surement provenir d’un collier, ou d’une chaine. Une chaine ?  Il se baissa et prit une des perles dans sa main pour la regarder de plus près. Le sang se retira de son visage, lorsqu’il réalisa ce qu’il avait entre les mains. Ni plus, ni moins que les perles de la chaine aux reins qu’il avait lui-même offerte à Sharon…
Si jusque là, ce n’avait été qu’une expression pour lui, Shareef expérimentait en direct ce que signifiait « voir rouge ». Il serra si fort la perle entre ses mains que les jointures de ses doigts en devinrent blanches. Il sortit en trombe de la chambre et se précipita vers sa voiture.
-       Descends Moises, descends !!
-       Mais qu’est ce que vous faites monsieur, s’exclama Moises en le regardant prendre le volant. Où est ce que vous allez ?
-       Je vais régler son compte à ce fils de pute.
Le reste ne fut que fumée et vrombissement du moteur, comme pour annoncer les couleurs de l’esclandre qui risquait d’arriver…

dimanche 3 novembre 2013

Jusqu'où irons-nous Part3








En reposant son téléphone, Sharon resta assise là, hébétée, perdue dans ses pensées, les larmes aux yeux. Dans son cœur se mêlaient la confusion, une rage sourde qui l’empêchait même d’entendre les bruits alentours, la trahison mais surtout une infinie tristesse qui lui striait l’estomac et formait une énorme boule dans la gorge. Et dire  qu’elle avait voulu qu’ils repartent à zéro. A cette pensée, en sourit avec dérision, se rendant compte de sa propre bêtise. Elle s’était faite belle, pour un homme qui ne la regardait même pas. Ce soir en était la preuve irréfutable. Elle regarda sa robe avec dégoût .Elle avait espéré, tant espéré que ce soir allait être un nouveau tournant pour eux. Mais au lieu de cela, elle n’avait eu que le goût amer de la déception et de l’humiliation. Les larmes qu’elle contenait depuis si longtemps se mirent à perler sur ses joues. Elle avait envie hurler, de crier si fort, mais il y avait tous ces gens dans le restaurant et elle s’était assez ridiculisée comme ça. Elle sortit alors du restaurant et s’assit sur les marches qui menaient à l’entrée, dehors. Les passants la dévisageaient, étonnée de voir une aussi ravissante et riche femme assise là, le mascara saccagé par ses larmes, les cheveux en bataille, la mine déconfite. Les paparazzis quant à eux n’auraient pas pu rêver d’une meilleure scène. Ils la mitraillaient avec leurs appareils, pendant que d’autres lui posaient déjà des questions, essayant de tirer le plus d’information possible. Sharon, comme anesthésiée les entendait à peine. Tellement d’émotions se mêlaient dans sa tête qu’elle aurait pu en devenir folle. Elle n’en pouvait plus. Elle était fatiguée de cela. Fatiguée de chercher à faire revivre une relation qui était déjà finie, elle en avait assez d’encaisser sans rien dire, elle était à bout. Et si elle se laissait consumer par tout cela, elle risquait fort d’en mourir, pensa t’elle.
-       Lève-toi, tu es pathétique. Lui intima sa mère qui venait d’arriver.
Sharon qui ne s’en était même pas rendu compte, leva les yeux vers elle, comme si elle n’avait pas entendu.
-       Lève toi je te dis, lui répéta sa mère en l’aidant à se mettre debout.
Sharon se leva tant bien que mal puis comme un automate monta dans la Mercedes de sa mère. Une fois à l’intérieur, elle garda un silence buté, honteuse d’appeler encore sa mère à la rescousse alors qu’elle était une adulte.
-       Tu ne vas pas me dire ce qui s’est passé, n’est ce pas ? Lui demanda Afodilé.
Sharon regarda sa mère longuement. Elle devait vraiment être pathétique pour pouvoir l’appeler. Elle avait toujours eu des relations très tendues avec sa mère, et cela depuis son adolescence, à la mort de son père. Elle avait alors découvert en sa mère un individu fourbe, retors, avide et aigrie, ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins, quitte à faire du mal à sa famille, à les blesser. Et son père en avait fait les frais. Même si aujourd’hui elle s’était « repentie » et faisait tout pour que les choses s’arrangent entre elles, Sharon soupçonnait toujours qu’au moment où elle s’y attendrait le moins, sa véritable facette ressortirait et lui donnerait raison. Aussi, c’était toujours avec réserve et méfiance qu’elle s’adressait à celle-ci ou qu’elle lui confiait ses problèmes. Pas qu’elle n’aimait pas sa mère, loin de là. Mais quand on avait appris à vivre avec des gens de l’espèce de sa mère, on se rendait vite  compte que certaines choses ne changeraient jamais, même si on priait très fort ou qu’on le voulait de toutes ses forces. Et elle avait appris à aimer sa mère comme elle était, avec ses nombreux défauts, mais aussi avec le peu de qualités qu’elle avait. Et si elle avait une qualité, c’était bien sa franchise. Voilà pourquoi elle l’avait appelée. Elle avait besoin qu’on lui dise les choses en face, pour qu’elle puisse bien se les rentrer en  tête, se dit t’elle. Et sa mère allait le faire à merveille.
-       Il n’y a rien de spécial. On devait diner ensemble. On est à peine arrivés quand une espèce de greluche est apparue dans le restaurant et a commencé à faire une scène en empoignant Shareef. La minute d’après, elle jetait sa bague dans une flûte à champagne et est partie, Shareef sur ses talons.
-       Une greluche ? la bague ? je ne comprends rien! tu voudrais bien m’expliquer ce qui se passe à la fin ?
-       Il a une maîtresse maman. Et il avait laissé sa bague mariage chez elle. Rentrons maman, nous en parlerons là-bas, dit-elle en se murant à nouveau dans un silence pesant.
Afodilé soupira et se mit à rouler à vive allure jusqu’à leur maison. Une fois arrivée, Sharon claqua la portière et se précipita dans la maison. Lorsqu’elle arriva enfin dans sa chambre, suivie de sa mère, elle alla à son placard, en sortit une valise, puis se mit à vider progressivement le contenu de son placard vers celle-ci.
-       Mais qu’est ce que tu fais Sharon ? Sharon ! Sharon merde écoutes ! dit elle en lui empoignant le bras, l’empêchant ainsi de continuer dans son élan.
-       J’en ai assez maman, assez ! dit-elle les larmes aux yeux. A chaque fois que je pense à lui, mon cœur se brise maman, je n’en peux plus de souffrir comme ça. Ce n’est pas une vie. Je n’ai pas signé pour ça.
Afodilé resta muette pendant ce qui dura à peu près une minute en regardant sa fille sangloter, puis éclata d’un rire tonitruant dans la chambre.
-       Tu n’en peux plus ? non mais tu t’attendais à quoi ? sérieusement ? Tu croyais que le mariage était un long fleuve tranquille, qu’il te jurerait amour et fidélité éternelle ? Non, ma fille, non ! c’est dur le mariage, c’est douloureux. Et ce que tu dois savoir aussi, c’est que c’est un contrat ou chacun tire son intérêt, rien de plus. Qu’est ce que tu as gagné en jouant les épouses soumises, fidèles, qui ferment les yeux sur tout, hein, dis moi !
-       Maman…
-       Non, c’est toi qui va m’écouter maintenant. Tu as supporté pendant 7 ans ses infidélités, ses sautes d’humeur et je ne sais quoi encore pour le laisser maintenant, alors qu’il est à deux doigts de devenir l’héritier de Prince ? non mais ça ne va pas la tête ? 
-       Mais de quoi tu parles ? demanda Sharon, incrédule.
-       C’est partout dans les journaux ! Prince cherche  son successeur à l’entreprise. Et si Shareef le devenait ?
-       Je me moque de son argent maman.
-       Ce n’est pas une question d’argent  nom de dieu ! je te parle d’intérêts en tous genres ! le prestige, tu iras n’importe où n’importe quand, tu auras accès à tout ma fille. Tu ne crois pas qu’après avoir tant souffert, tu mérites une petite compensation ?
Sharon regarda sa mère, et finit par se dire en elle-même que quelque part, sa mère n’avait pas si tort. En effet, qu’avait elle gagné à jouer l’épouse aimante ? Rien. Ni plus ni moins que le mépris, l’humiliation et l’indifférence de son époux. Sharon se laissa tomber sur le lit  et, pour la première fois depuis très longtemps, s’adressa à sa mère le regard suppliant.
-       Qu’est ce que je dois faire maman ?,  assena t’elle d’une voix sourde en se tenant la tête entre les mains, sentant déjà venir à nouveau les larmes.
Afodilé sourit, puis caressa ses cheveux doucement. Enfin, elle allait pourvoir mettre son grain de sel et pouvoir en tirer le plus de profit possible dans cette affaire. Sa fille avait trop longtemps jouée les petites ingénues et par respect pour elle, elle, n’avait jamais mis le nez dans ses affaires mais là, Sharon lui demandait directement son aide. Elle allait plumer cette famille, s’imagina t’elle, souriant intérieurement. Oh oui, elle et sa fille allaient se faire plein d’argent.
-       C’est simple Sharon. C’est terminé, la Sharon idiote, béni oui oui, la compréhensive, qui pardonne tout, qui est la seule à se remettre en question. Ces comportements auraient valu la peine pour un mari qui te respecterait. A partir de ce soir, tu dois porter un masque d’impassibilité et de mépris. Fixe toi des objectifs, et atteint les par tous les moyens. Par tous les moyens Sharon, c’est fini les pleurs. Et rien ni personne ne devra t’écarter de cela. Ni l’amour, ni l’amitié, ni même moi ma fille. L’hypocrisie sera être ton arme, la perfidie ton domaine de prédilection. Tu devras te les mettre tous dans la poche, un à un. Depuis Prince jusqu’au plus petit personnel de maison. Une fois que tu auras quadrillé ton territoire, tu élimine tout ce qui pourra t’empêcher de donner un enfant à Shareef. Il doit être à tes pieds. Et après,  seulement après ma fille, la vengeance.
Sharon écouta la longue tirade de sa mère avec sérieux. Puis se sentit vraiment désespérée. Non, elle n’était pas comme ça. Elle aimait Shareef, aveuglément, passionnément, irrémédiablement. Et si ça ne marchait pas entre eux, et bien, ils se sépareraient et voilà. Elle ne voulait pas lui faire du mal, même si elle en avait gros sur le cœur. Elle ne pouvait tout simplement pas, elle ne voulait pas… devenir comme sa mère.  Elle clarifia le fond de ses pensées à sa mère.
-       Non… je ne peux pas maman, je ne veux pas. Je ne suis pas comme toi et jamais je ne le serai.
Afodilé leva les yeux au ciel d’exaspération puis se leva du lit sans un mot. En se dirigeant vers la porte, elle adressa un dernier regard à sa fille.
-       Oh si tu le deviendras, et tu seras même pire ma chérie. Et je n’aurai même pas à te suggérer quoi que ce soit, la vie et les circonstances s’en chargeront à ma place. Le choix est tien maintenant, ou tu abandonnes ce pour quoi tu es restée inconditionnellement par le passé, ou tu restes et tu lui fais mordre la poussière. Sur ce, bonne soirée. termina-t-elle en claquant la porte de la chambre.
Sharon sursauta, fixant la porte par laquelle sa mère avait disparu.


Shareef suivait toujours le taxi depuis à peu près une demi-heure maintenant. Mais où habitait t-elle ? Il tourna à un rond point, puis bifurqua su sa gauche à un carrefour. Enfin le taxi s’arrêta. Shareef était tellement concentré sur la route qu’il n’avait pas remarqué qu’il s’était retrouvé dans Bangkok city, l’un des quartiers les plus chauds du Sangala. Et par quartier chaud, je veux dire celui qui faisait figure de proue dans le domaine de la criminalité élevée, de la délinquance juvénile et que sais-je encore. C’était comme si tous les parias, les marginaux du pays étaient parqués là, et vivaient leur vie, loin des regards des autorités.  Il était déjà très tard, et l’on pouvait apercevoir des filles, des travestis et même des homosexuels habillés de manière très suggestive se mettre au coin des rues attendant d’éventuels clients.    Et sur sa droite dans un couloir sombre, se tenait un jeune homme qui ne devait pas avoir plus de la quinzaine, donner de petits paquets à ses clients ; de la drogue surement, analysa Shareef. Il aperçut alors Fayadila descendre du taxi puis se diriger vers un HLM miteux avec des peintures écaillées, salies par les graffitis, la poussière. L’endroit sentait l’urine et la transpiration, bref, tout  ce qu’il y avait de plus repoussant. Mais comment une femme comme elle pouvait vivre dans un taudis pareil, se demanda t-il intérieurement ? Puis, se rappelant lui-même ses origines, comprit. Comme il se sentait snob et condescendant, à ainsi juger les gens alors qu’il n’y avait pas si longtemps que cela, il était dans une situation à peu près pareille, sinon pire. Honteux, il effaça vite ces pensées de sa tête et sortit de sa voiture pour la suivre.
-       Fayadila ! Fayadila ! hurla t-il derrière elle.
Celle-ci se retourna en entendant son nom et ouvrit des yeux tout ronds en le voyant.
-       Non mais vous êtes malade ? qu’est ce que vous faites ici ? ce  n’est pas un endroit pour vous ici, rentrez chez vous ! dit elle en se précipitant à l’entrée de l’immeuble.
Shareef sourit. Etant très athlétique, il atteignit l’immeuble en moins de 5mn et parvint même à l’empêcher de lui bloquer l’entrée. Ils entrèrent tous les deux au rez-de-chaussée, puis ils prirent l’ascenseur. Un silence pesant planait, et personne n’osait dire un mot. Fayadila fixait la porte si intensément qu’on aurait cru qu’elle voulait l’ouvrir du regard pour s’échapper de cette trop grande proximité. Ce soir, elle n’était plus aussi excitée, elle avait peur. Plus elle regardait Shareef, plus elle avait froid dans le dos. Et le pire, c’est qu’elle ne savait pas pourquoi. Elle ne saurait dire si c’était dans son regard ce soir, ou dans son attitude, mais il lui rappelait quelqu’un. Quelqu’un qui avait marqué sa vie à jamais et dont elle ne voulait plus jamais se rappeler…
L’ascenseur s’ouvrit enfin  et ils pénétrèrent dans un couloir mal éclairé. Ils marchèrent quelques secondes et Fayadila ouvrit la porte de son appartement. Décor très spartiate mais assez douillet, pensa Shareef. Elle avait fait avec ce qu’elle avait. Un grand canapé d’angle orange contrastait avec une petite table basse grise dans le salon, qui donnait face à une petite télé. Sur la droite, on pouvait distinguer deux chaises de bar jouxtant la cuisine et un frigo sur lequel étaient collés des tonnes de post its.  Sur les murs, différents tableaux : Audrey Hepburn, Marylin Monroe et une réplique de la Joconde. Shareef fut plus étonné encore lorsqu’il aperçut à côté de la télé une étagère murale sur laquelle étaient placés des livres. Ayant suivi son regard, Fayadila répondit pour lui.
-       Eh oui, je sais lire. Etonnant non ?
Ignorant sa répartie, Shareef resta silencieux et continua son inspection.  Les pièces étaient séparées par un paravent imprimé léopard et il distinguait une pièce où était placée une barre de striptease. Il sourit alors. Elle était sans le sou, mais avait réussi à s’offrir une barre de striptease chez elle. Reportant maintenant son attention sur elle, il essaya de lui parler.
-       Je suis désolé.
-       Tu es marié, lui répondit-elle. Tu me suis depuis près de deux semaines comme un toutou pour une danse privée, tu me fais des avances et tu es marié. Tu dois vraiment être un beau salaud pour faire cela à ta femme. Et elle encore plus idiote de rester avec toi.

-       Oui, je suis le pire des hommes c’est ça ? dit en écartant les bras. Et toi, tu n’es qu’une sale voleuse. Rends moi mon portefeuille salope.

-       Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-elle la mine fermée.

-       Ah bon ? tu ne sais pas dit il en s’enflammant. Tu ne sais pas ?dit-il en ouvrant avec violence la porte de sa chambre ; dans laquelle il se rua pour chercher le dit portefeuille.  Il se mit à déranger ses affaires, renversant un sac par ci, un parfum par la, en mettant sa chambre sans dessus dessous.

-       Arrête ça tout de suite Shareef ! dit-elle en se cramponnant à lui en vain.

Shareef était déchainé, et frustré. Il était venu ici pour s’excuser. Mais de quoi ? D’être marié ? S’excuser auprès de quelqu’un qui l’avait volé qui plus est ? Il était vraiment puéril des fois, pensa t-il. Il était un Kingston, et aucune femme ne devait le mener par le bout du nez de cette façon. Mais cette Fayadila avait quelque chose qui le mettait à la fois dans tous ses états et qui le faisait sortir de ses gongs. Il avait à la fois envie de l’embrasser et la minute d’après de lui tordre le cou. Comme il ne l’écoutait pas, Fayadila se cramponna cette fois à son cou, pour essayer de l’empêcher de respirer. Ils se bagarrèrent ainsi jusqu’à ce que Shareef se retourne brutalement, de sorte à se retrouver face à elle. Et Fayadila avait toujours les mains autour de son cou mais, ce qui donnait l’allure d’une bagarre avait fait maintenant place à une tension sexuelle incroyable. L’électricité qu’il y avait dans cette pièce aurait pu alimenter tout un centre commercial.
Plus rien ne bougeait et tous les deux, Shareef comme Fayadila étaient silencieux,  interdits, attendant sans doute celui qui allait passer le point de non retour.
Shareef fonça sur elle, tel un aigle sur sa proie. Il goutait sa bouche, la dévorait. Ses gestes étaient hésitants, fébriles. Il était si troublé qu’il voulait la toucher partout à la fois, pour garder ce moment gravé en lui. Il se mit à embrasser ses yeux, sa bouche, puis fit des petites arabesques avec sa langue vers son cou tout en lui chuchotant ô combien il la trouvait belle et séduisante. Fayadila répondit à son baiser avec ardeur, et ferma les yeux. C’était tout simplement exquis. Elle se sentait voler, vers un endroit paisible, inconnu. Les pointes de ses seins devinrent dures  et elle se frotta de manière lascive contre lui, pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Shareef en devenait fou. Il  lui retira son haut et put avoir une vue imprenable sur ses seins fermes, bien ronds. Il les pétrit de sa main, et en agaça les pointes jusqu’à ce que Fayadila frissonne sous ses doigts. Fayadila qui avait toujours les yeux fermés était comme dans un rêve. Elle les rouvrit alors pour s’assurer que tout cela était bien vrai et rencontra le regard fiévreux, empli de désir de Shareef. C’est à ce moment que la sensation glauque qu’elle avait ressenti dans l’ascenseur revint. Elle avait déjà vu ce regard, mais où ? Puis, comme dans un flashback, elle se revit dix ans plus tôt, contre un mur dans un couloir sombre, pleurant, implorant son tortionnaire de l’épargner. Celui-ci ne l’entendait pas, trop occupé à lui faire du mal. Il lui fermait la bouche de ses mains, lui serrait le bras si fort qu’on aurait dit qu’il voulait le lui arracher. Elle sans défense, pleurait, et priait, pour que quelqu’un la trouve dans ce quartier malfamé et la sauve... Elle revit alors ce regard, ce même regard qui l’avait hanté pendant des années et une foule de souvenirs douloureux menacèrent déjà de refaire surface.
-       Non, arrête ! lâche-moi ! nooon !!!
Shareef sursauta comme s’il avait été brûlé. Mais qu’est ce qu’elle avait encore ? Cette fille avait le don de l’émoustiller pour ensuite le laisser comme cela, sur sa faim. Le corps brulant, le regard vitreux et le pantalon gonflé, signe de son excitation manifeste, il la regarda, ahuri.
-       Va-t’en s’il te plait. Supplia t-elle.
Shareef aurait pu prendre son portefeuille et s’en aller – ce qui aurait été plus intelligent en effet- mais sa curiosité avait pris le dessus. Le quasi délire dans lequel elle était entrée quelques minutes plus tôt l’intriguait. Avait-elle peur de lui ? Avait-elle vécu une expérience traumatisante ? Il fallait absolument qu’il en sache plus. Cette nouvelle facette de Fayadila réveilla l’instinct protecteur en lui et il avait déjà envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter.
-       Allons marcher, lui intima t-il.
-       Je suis fatiguée. Et je n’ai pas envie de marcher. Rentre chez toi s’il te plait.
-       Habille-toi chaudement. Je t’attends dehors, lui ordonna t’il, sans même prêter attention à ce qu’elle avait dit.
Fayadila, encore frissonnante s’exécuta. Shareef sourit intérieurement, content qu’elle l’ait écouté pour une fois. Il la laissa seule dans l’appartement et alla l’attendre dehors comme convenu. Lorsque celle-ci ressortit quelques minutes plus tard, elle était sans maquillage, un pull col v assorti d’un collant tellement serré qu’on aurait dit qu’il était peint sur son corps et de simples chaussures de marche. Et quant à ses cheveux, elle les avait attachés en queue de cheval. Shareef, qui la voyait pour la première fois au naturel, la trouva encore plus belle et plus sexy que jamais. Et déjà, le désir revenait, fort, impérieux.  Fayadila alluma une  cigarette et monta dans sa voiture. Elle avait horreur de ce sentiment de vulnérabilité qui s’emparait d’elle et  était encore plus énervée parce que Shareef avait vu ce côté d’elle. Il fallait immédiatement qu’elle mette les choses au clair, qu’elle reprenne ses esprits et vite.
Ils roulèrent  jusqu’à la long Beach, une plage se trouvant à la sortie de la ville. Ils descendirent de la voiture, retirèrent leurs chaussures et marchèrent pendant un long moment, silencieux. La lune était haute dans le ciel, ce qui donnait une couleur bleue nuit  à la mer, la rendant presqu’irréelle. Les vagues, violentes se gonflaient à l’horizon pour venir s’écraser dans un grand bruit à leurs pieds. Le sable quand à lui était chaud malgré le vent et c’est avec délice que Fayadila s’y enfonça les pieds.
-       J’adore écouter les vagues. Je crois que j’ai toujours aimé cela, commença Shareef.
Fayadila ignora son aveu et continua de marcher, tout en prêtant cependant une oreille attentive à ce qu’il allait dire.
-       Je suis désolé de la scène de tout à l’heure, mais reconnais que tu l’as bien cherché. Et oui, je suis marié. Mais seulement sur le papier. Ça fait des mois que l’on ne se parle même plus et en plus…
-       Je m’en fiche Shareef. Honnêtement, je me fiche de ta vie, de tout ce tout ce qui est lié de près ou de loin à toi, et encore moins de ce que tu aimes. Que tu ais une femme ou non cela ne fait aucune différence pour moi, dit elle en allumant une autre cigarette. On n’est ni amis, ni amants. J’étais juste venue te remettre ta bague, c’est tout.
-       Cette situation, te plait hein ?
-       De quoi tu parles ? demanda t-elle.
-       De pouvoir jouer avec moi comme ça, me manipuler à ta guise, ça t’amuse hein ? Une chose m’intrigue toutefois. Tous les hommes de la ville ont posé les mains sur toi, toutes les racailles de ce quartier surement alors pourquoi diantre  jouer à la  vierge effarouchée ? 
-       Ok, je crois que je vais rentrer là. Dit-elle en s’éloignant.
-       Tout à l’heure lorsqu’on était dans ton appartement, qu’est ce qui s’est passé ?  continua t-il en la rattrapant.
-       Ce n’est pas ton problème, mêle toi de ce qui te regarde, Ok ?
Il s’arrêta alors qu’elle continuait de marcher vers la voiture et secoua  la tête, à la fois incrédule et subjugué.
-       Tu es tellement différente ce soir.
Elle se retourna lentement et marcha d’un pas assuré vers lui.
-       Tiens donc, dit-elle en lui exhibant sa poitrine généreuse sous le nez, retrouvant son regard sexy de stripteaseuse. Et en quoi ?
Cette fois, c’est lui qui s’écarta d’elle, et la regarda droit dans les yeux.
-       La première fois que je t’ai vue, tu m’es apparue haute en couleurs, libertine, prête à tout pour séduire, imbue de sa personne, malhonnête, cupide et indifférente, sans moralité aucune, ni parole. Et ce soir, tu es… comment dire, plus humaine.  Et tu m’as l’air de ne pas être idiote non plus. Pourquoi vivre cette vie alors ? le striptease, les bars, tu n’as jamais songé à changer de vie ? faire autre chose ?
Fayadila fit mine de réfléchir une seconde, puis retroussa les lèvres en une moue sexy. Ensuite, elle se rapprocha encore plus de lui jusqu’à ce que leurs bouches soient près de se toucher.
-       Je le répète. Ce n’est pas ton problème. Le personnage que tu as dépeint en premier, c’est moi. L’autre est une vision de ton esprit, une chimère que tu espères voir se réaliser, dit elle en rejetant de la fumée par les narines. Je suis ce que je suis. Frivole et tout ce que tu veux, mais je suis moi.  Le fait de ne pas être fréquentable me convient parfaitement. Sur ce, je dois y aller. Il va bientôt faire jour. Il ya des gens qui bossent dur pour gagner leur vie, termina t-elle en se retournant à nouveau vers la voiture.
Shareef se dit qu’il était peut être fou, mais elle avait raison. Elle n’était pas faite pour lui. Elle représentait à elle seule tout ce qu’il devait éviter à tout prix. Il savait que s’il entrait dans son jeu, il risquait de s’y perdre. D’un autre côté, sa fierté d’homme refit surface et ce n’était plus le Shareef compatissant, mais le séducteur qui reprit sa place, lui ramenant en tête ce qu’il avait toujours voulu depuis le début. Il fallait qu’elle soit sienne. Après, il aviserait. Et qui sait, peut être qu’après une nuit avec elle il se lasserait…
Il courut vers elle et, lui attrapant le bras, la força à le regarder en face. Lorsque ce fut fait il l’attira à lui. Là, il lui caressa les cheveux et la joue avec une tendresse qui émut Fayadila. Jamais personne ne l’avait touchée ainsi, comme si elle était faite de porcelaine. Il resta interdit, comme s’il hésitait, puis l’embrassa enfin. Ce baiser, elle ne l’oublierait jamais. Il était doux, apaisant. Il n’était pas seulement la manifestation du désir mais dans ce baiser, Fayadila se sentait comme dans une bulle, protégée par Shareef, comme si rien ne lui arriverait jamais. Dans ses bras, elle se sentait littéralement fondre comme neige au soleil. Puis très rapidement, la tendresse laissa la place à la passion, au désir qu’ils avaient tous deux réprimé depuis si longtemps. Shareef l’embrassait partout et à chaque endroit à la fois, l’empêchant de réfléchir.   Fayadila défit prestement les boutons restant de son pantalon sans vraiment y arriver, tandis que lui aussi se débattait avec son haut. Lorsqu’ils furent tous deux nus, Shareef l’allongea sur le sable et enleva l’élastique qui retenait ses cheveux. Il plongea les mains dans ses longs cheveux noirs tout maintenant son regard vissé au sien.
-       Tu es magnifique, chuchota t-il en se baissant vers les trésors de son entrejambe.
Fayadila retenait à grand peine son plaisir. Mon dieu, comme c’était bon ! Shareef avec sa bouche l’explorait, la titillait, la mordillait, l’emmenant au summum du plaisir. Fayadila haletait, gémissait, se retenant de hurler qu’elle n’en pouvait déjà plus de cette si douce torture, qu’elle avait envie qu’il vienne en elle, fort, puissant. Lorsqu’il eut finit, il remonta lentement vers elle en embrassant ses cuisses, son ventre plat, le creux de ses seins, les pointes de celles-ci puis revint enfin à sa bouche qu’il dévora avidement. Fayadila se colla contre lui,  quémandant encore plus de caresses de sa part, affamée. Shareef maintenant au dessus d’elle, arrêta de l’embrasser et la regarda encore. Sous les effets de la lune, il avait l’air d’un dieu grec, avec sa musculature puissante, ses lèvres pleines, sa barbe de deux jours. Fayadila en eut le souffle coupé. Il entra alors profondément en elle, et Fayadila hoqueta, à la fois d’étonnement et de plaisir infini. Puis, tout alla très vite. Déjà, il la porta loin, très loin…
Shareef se réveilla quelques heures plus tard tout nu dans le sable, les cheveux en bataille. Aucune trace de Fayadila. Il n’était que 6 heures du matin mais les pêcheurs devaient déjà se diriger vers cette partie de la plage, aussi il s’habilla rapidement. Au moment d’enfiler sa veste, en touchant la poche et se rendit compte que son portefeuille était revenu à sa place. Il balaya une dernière fois la plage du regard dans l’espoir de la retrouver, puis, en soupirant, se rendit à sa voiture.

James se rendait comme tous les matins à son bureau le cœur lourd. Depuis que son père avait annoncé sa sordide condition, James avait cherché partout, depuis les Blind dates jusqu’aux rendez vous arrangés par ses amis, il n’avait toujours personne. Alors vous imaginez déjà que ce serait une véritable gageure de faire un enfant ! Surtout que son père voulait que ce soit fait selon la manière traditionnelle, c'est-à-dire, rencontre, fiançailles, mariage, puis les enfants.  Quand il pensait que cet idiot de Shareef avait une femme et ne pouvait même pas lui faire d’enfant, il en était malade. Il était tout à ses pensées quand sa secrétaire entra en trombe dans son bureau, sans même frapper.
-       Qu’est ce qu’il ya encore Ashleigh ?
-       Monsieur Kingsley, il faut vraiment que vous voyez ça, dit elle en posant un magazine people sur sa table de travail.
-       Tu sais pourtant très bien que je ne m’intéresse pas aux tabloïds, pourquoi m’en apporter ?
-       Oh je suis sûre que  celui la va beaucoup vous intéresser au contraire, martela Ashleigh.
Il se mit à lire alors le titre du magazine pour voir de quoi celui-ci parlait. Puis ses yeux s’écarquillèrent comme deux soucoupes, et un immense sourire vint se dessiner sur sa bouche. Il n’aurait pas pu mieux rêver. La chance lui tombait littéralement du ciel là. En effet, sur ce magazine, l’on pouvait clairement voir les images de Sharon en pleurs, et de Fayadila empoignant Shareef à la table d’un grand restaurant.  Le titre n’en était que plus accrocheur ;  et sur une autre photo, on pouvait voir Sharon devant les marches du restaurant, dans un piteux état.
-       Ça alors, lança il le sourire toujours aux lèvres. Ashleigh excusez moi, je dois me rendre au bureau de mon père à l’instant, dit-il en lui adressant un clin d’œil. 
-       Mais bien sur monsieur, lui répondit-elle en lui renvoyant un sourire complice.
Prince lisait tranquillement ses dossiers quand James entra lui aussi, sans frapper. Prince le fusilla du regard puis désigna la porte de la main.
-       Sors de mon bureau et retourne frapper, ce n’est pas un moulin ici.
Cette fois James ne s’exécuta même pas. Ignorant son père, il vint se poster devant lui et lui jeta le magazine à la figure.
-       Regarde les dernières infos de ton fils chéri. Moi, je travaille ici tous les jours pour faire des profits, et lui que fait-il ? il aligne les conquêtes. C’est d’un tel successeur que tu veux ? quelqu’un  qui laisse sa femme sur les marches d’un restaurant pour suivre une prostituée ? C’était déjà insultant que tu nous mettes sur le même pied d’égalité mais là tu as la preuve irréfragable que c’est moi qui devrait te succéder papa. Tu pourras penser ce que tu veux, mais les faits sont là. Au moins, tu sauras qu’il te ment quand il t’inventera un prétexte bidon pour son absence de ce matin. Tu sais, je ne suis peut être pas marié, mais je sais ce que cela implique d’avoir une société et de m’occuper des employés. Et je suis en train de tout faire pour me trouver une femme.
Prince était médusé devant les photos du magazine en question. Il était outré au plus haut point. La vie de sa famille était étalée au grand jour de la sorte, tout cela à cause de Shareef. Il allait l’entendre, il allait  lui montrer de quel bois il se chauffe.
-       Tu as fini ? Demanda-t-il à James. Merci pour le magazine, mais une fois encore, ça ne te rendra pas plus apte à ce poste. J’ai donné une condition, tu te rappelles, crétin ? et aucun de vous ne l’a respectée jusque là. Lui au moins il aligne les conquêtes, Toi tu dors avec tes coussins la nuit. Je vais régler ce qui doit être réglé avec Shareef. Occupe-toi de me ramener une belle fille au plus vite si le poste t’intéresse. Et pour la dernière fois, ne rentre plus jamais dans mon bureau sans frapper, c’est clair ?

-       C’est bon je m’en vais, dit James en levant les mains en signe de reddition. Médite bien sur ce que je viens de te dire papa.

-       C’est ça. Ferme la porte en sortant.

Prince serra les poings, parvenait à grand peine à contenir sa fureur. Non mais pour qui se prenait Shareef à la fin ? A trainer ainsi leur nom dans la boue ? Il se sentait tellement mal pour Sharon. Elle devait être inconsolable en ce moment et au lieu d’être auprès d’elle, son imbécile de fils était sans doute dans les bras d’une fille de joie. Il se tint la tête entre les mains. Qu’allait-il bien pouvoir faire de lui ? Il voulut d’abord aller l’attendre chez lui mais pour pouvoir laisser Sharon digérer tout cela, il décida de l’appeler pour lui remonter les bretelles.
-       Allô ? Papa ? il ya un problème ? demanda Shareef, inquiet.
-       Tu oses m’appeler comme cela, alors que tu ne me respectes même pas, que tu ne respectes même pas ta famille, que tu ne respectes même pas ta femme ?
-       Papa laisse moi te…
-       Ferme la Shareef. Tu me dégoutes. Passe encore que tu aies des tonnes de maîtresses, mais le médiatiser, ça c’est pire que tout. Est-ce de cette manière que ta mère et moi t’avons éduqué ? Comme un homme irresponsable ? qui ne suit que les désidératas placés en dessous de sa ceinture ? je suis tellement déçu Shareef. Je ne suis pas le meilleur des pères et je ne m’en vante pas, mais tu n’avais pas le droit de trainer ainsi notre nom dans la bouche de tous les médias. As-tu la moindre idée de ce que ressent Sharon en ce moment, tu n’y as pas pensé hein imbécile !
-       Papa…
-       Je crois que je vous ai  assez laissé faire ces temps ci ton frère et toi. Je diminue le délai à 3 mois.  Si d’ici trois mois tu n’es pas devenu un homme responsable et digne de confiance, je liquide la société à quelqu’un d’autre Shareef. Si ta famille ne représente rien pour toi, j’espère que cette société représente au moins quelque chose pour toi.
-       Papa ! cria Shareef pour essayer de s’expliquer. Mais Prince avait déjà raccroché. Le cœur de Shareef se mit à battre sourdement, le sang pulser à ses tempes. Il avait vraiment merdé et il le savait. Et à cet instant il sentait tout le poids de l’acte qu’il avait commis. Non seulement son père était en colère contre lui, mais en plus, cela laissait une ouverture à James.
-       Merde ! cria t-il en tapant son volant des mains. Il avait tout fait foirer, et tout ça pour le coup d’un soir. Il était sûr que c’était Sharon qui lui avait dit et il ne lui en voulait même pas. Il était triste pour elle. Il lui avait fait tellement de mal. Il fallait qu’il reprenne les choses en main. Ne serait ce que pour sauver les apparences. Lorsqu’il rentra chez lui, il était 10 heures. Il trouva Sharon assise à la salle à manger en train de travailler. Il vint s’asseoir en face d’elle.
-       Il faut qu’on parle.
Sharon agissait comme s’il n’y avait personne dans la pièce. Elle continua de pianoter sur son ordinateur, comme si de rien était. Son visage n’était ni renfrogné, ni heureux. Son visage était glacial, indifférent. Ce qui faisait plus peur à Shareef parce que Sharon disait toujours ce qu’elle avait sur le cœur et si aujourd’hui elle gardait un silence lourd, il n’imaginait même pas  ce que ça serait quant elle exploserait.
-       Bon, si tu ne  veux pas me parler, tu peux au moins m’écouter non ? argua t-il. Sharon je sais qu’actuellement tu me détestes, que je suis la dernière personne que tu aies envie de voir actuellement…
Il n’eut pas terminé sa phrase que Sharon débrancha tranquillement le chargeur de son Macbook, le roula en boule et quitta la pièce, le laissant planté la. Shareef ne se découragea pas pour autant et la suivit jusque dans leur chambre commune. Lorsqu’il entra, elle était sous la douche. Il battit en retraite et se promit qu’ils auraient une conversation dans la soirée. Il alla dans la chambre d’amis prendre une douche également et se coucha sans trouver le sommeil. Lorsqu’il sortit enfin de sa torpeur, il demanda aux employés où se trouvait Sharon, mais personne ne savait. Il attendit et regarda s’égrainer les heures, les minutes, les secondes, jusqu’à ce qu’elle klaxonne enfin au portail. Il était 21heures précises. Il avait tellement attendu qu’il ne prit pas la peine de s’habiller et seulement vêtu d’un boxeur et t-shirt, il alla l’attendre dans leur chambre. Sharon rentra et l’ignora superbement. Elle déposa son sac, se déshabilla comme si elle était seule dans la pièce et alla prendre sa douche. Shareef en attendant remarqua une robe de soirée noire brillante déposée sur le lit. Son sang ne fit qu’un tour. Où allait-elle ? Et avec qui ? Il savait qu’il était vraiment des plus mal placés pour être jaloux mais son orgueil de mâle avait ressurgi sans qu’il ne s’en rende compte. Sharon sortit de la douche et s’habilla machinalement, puis se maquilla. C’était la robe la plus courte que Sharon n’aie jamais porté. Et ce soir, il la trouvait presque sexy, pensa t-il. Avec sa bouche mutine et son grain de beauté juste au dessus. Le rouge vif de ses lèvres accentuait leurs courbes. Et le décolleté plongeant de sa robe ne laissait aucune place à l’imagination concernant sa poitrine galbée. Oui, ce soir il la trouvait plus fraîche. Appétissante même. Lorsqu’elle finit de se préparer, toujours dans un silence de plomb, elle prit son sac et se dirigea vers la porte. Shareef lui barra le passage.
-       Il faut que nous parlions.
Sharon le contourna et il fit de même. Elle essaya de passer mais il lui bloquait définitivement le passage.
-       Je peux savoir au moins où tu vas ?
Sharon était fermement décidée à ne pas lui parler et voulu forcer le passage. Mais rien n’y faisait. Shareef était beaucoup trop grand et trop fort. Elle fit un effort surhumain pour parler avec désinvolture.
-       Laisse-moi passer Shareef.
-       Où est ce que tu vas ? il faut qu’on parle.
-       Je n’ai plus rien à te dire depuis hier, lorsque tu as couru après cette fille de bas étage. Et tu es très mal placé pour me poser ce genre de question. Laisse-moi passer, j’ai des choses à faire. La vie est vraiment drôle tu sais. Lorsque je te disais tout le temps où j’allais, tu t’en fichais royalement et maintenant tu insistes pour tout savoir juste parce que ton égo mal placé ne peut pas le supporter. Tu me fais pitié Shareef. Dégage ! dit elle en le poussant.

Shareef se laissa faire, vaincu par les mots de sa femme. Là, il avait l’impression d’être l’homme le plus minable de toute la terre.

Sharon démarra la voiture en trombe, en retenant son souffle. Elle avait réussi ! Même si ça lui en coûtait, elle était passée de la gentille Sharon à celle qui le méprisait. Pas qu’elle suive les conseils de sa mère à la lettre mais elle utilisait certaines de ses techniques pour qu’il se sente plus mal encore pour ce qu’il lui avait fait. Elle avait envie de boire ce soir, de faire la fête. Pas parce qu’elle était de bonne humeur mais pour penser à autre chose.  Elle voulu d’abord aller au Timesquare, mais vue la clientèle huppée, elle serait forcément la cible de nombreux paparazzis. Elle roula donc sans but précis se disant qu’elle choisirait au feeling. Elle arriva devant un bar qui mélangeait assez bien deux contrastes différents. Il n’était ni trop snob ni trop bon marché, et  était assez bien côté sécurité. Il s’agissait du Yellow Grimm, un bar lui aussi très en vogue au Sangala. Elle y entra comme si elle allait dans une église, tellement cela faisait longtemps qu’elle n’était pas sortie. A l’intérieur, la décoration était encore mieux que dehors. Le bar était paré d’un décor futuriste, avec ses tables en verre transparent à intérieur desquelles il y avait un foisonnement de couleurs, toutes plus festives les unes que les autres. Les jeux de lumières roses et bleus ajoutaient un charme à tout ce brouhaha, donnant ainsi une ambiance tamisée. Sharon regarda avec admiration les barmans qui jouaient  d’ingéniosité en faisant virevolter les bouteilles tels des jongleurs ou même des prestidigitateurs, tant cela relevait du pur spectacle. Un peu timide, elle s’assit à une table et commanda un martini  comme apéritif. La piste de danse était remplie, grouillant de personnes aussi bien adultes, d’âge mur, que d’adolescents. Sharon regarda les adolescents avec une pointe de nostalgie, d’envie même. Elle donnerait tout pour retourner à cet âge où il n’y avait aucune inquiétude sinon celle du béguin du moment. Cela l’attrista encore plus, et, se retournant face au barman, demanda une téquila. Au fur à mesure que la soirée s’écoulait, elle avala téquila coup sur coup. Pour se changer les idées, pour oublier. Dans ses pensées troublées par la boisson, il n’y avait ni Shareef, ni même de problème d’enfant. Il n’y avait que cette douce euphorie qui la traversait et un tel sentiment de liberté…
-       Sharon ! mais putain qu’est ce que tu fous ici ?
Sharon se retourna, quelque peu pompette et reconnut son beau frère. Mince, se dit-elle. Voilà l’emmerdeur de service. Elle aurait sûrement droit à un bon vieux sarcasme ou une répartie cinglante de sa part pensa t-elle encore, en se préparant aux insultes. Au lieu de cela, James la prit par l’épaule et payant sa consommation, l’aida à se lever.
-       Je n’ai pas besoin de toi, dit-elle d’une voix pâteuse. Je n’ai b…besoin de personne.
-       J’en suis certain, mais là tu ne peux même pas tenir sur tes deux jambes. Tu me rembourseras plus tard si tu veux, mais pour l’instant, rentrons.
-       Lai…laisse moi ! vous êtes tous pareils de toute façon. Un Kingsley n’en vaut pas un autre !
James ignorant ses déblatérations et adressa un signe de tête entendu au barman qui leur ouvrit la porte de derrière. Sharon avait l’impression de glisser sur le sol. James ne lui tenait que l’épaule mais elle avait l’impression qu’il la portait. Ses jambes ne lui répondaient plus et elle commençait à avoir sommeil.

Sharon ouvrit les yeux. Il devait être dans les 4 heures du matin. Pourtant, son réveil n’avait pas sonné. Elle se retourna du côté de son lit mais n’aperçut qu’une veilleuse simple. Elle fixa alors le plafond, mais là également, elle ne reconnut pas les lieux. Puis, la soirée de la veille lui revint brutalement en mémoire. Elle se revit boire, encore et encore, jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus la porter. Puis elle se rappelait d’avoir vu James ; celui-ci l’avait porté puis plus rien. Alors s’il l’avait ramenée chez elle, pourquoi ne reconnaissait pas t-elle l’endroit ? A moins que…
-       Mon dieu, qu’est ce que j’ai fait ?
Elle regarda alors de l’autre côté du lit et trouva un James nu, qui dormait paisiblement auprès d’elle…