Des petites histoires ...

Le fallait-il vraiment ? 



Les interminables heures de cours sur le droit des Affaires avec Madame Brigton. Je ne pouvais pas dire que le temps ne passait pas avec cette dame. De plus, elle nous prenait encore pour des lycéens en nous toisant du regard dès que nous osions adresser un mot à un autre étudiant pendant le cours. Tout le monde la connaissait, ses plaintes, ses notes pitoyables qu'elle donnait aux élèves sans aucun remord. D'autres étudiants en Bachelor de Managment disaient que tout ceci concourait à faire de notre université l'une des plus excellentes. Moi je faisais  partie de ces étudiants en Management jusqu'à ce que ... Il va falloir tout raconter? 

Les vacances de Pâques approchaient à grands pas, je me faisais déjà du souci car içi dans le New Jersey, je ne connaissais personne. En général, quand on arrive dans un pays pour les études, au début il est difficile de s'intégrer, s'adapter, mais 4 ans sans se faire des amis cela me peinait terriblement. Il faut le dire, passer ses journées à l'université dire à des gens "Bonjour, Aurevoir,je peux avoir le cours?  la prof a dit quoi pour le partiel de Managment?", excusez moi mais on appelle pas cela "des amis".  

Le comble c'est que je ne recherchais pas vraiment une amitié, une personne qui partagerait tout avec moi " galères, dépressions, tristesses, joie". J'aurais tout simplement voulu avoir des programmes le vendredi soir comme tout étudiant vivant à l'étranger.Quand mon père m’appelait pour prendre de mes nouvelles, il me demandait ce que je faisais je lui répondais " Rien", et lorsqu'il réitérait sa question, je lui répondais la même chose.Au fil du temps, mon père avait fini par comprendre ma profonde solitude. Il arrivait qu'il me prodigue des conseils, me demandant si j'essayais de m'approcher des autres, si je m'investissais dans les activités culturelles..  

Tout cela je l'ai fait, si avec mes amis garçons rien ne passait, ne me parlez pas des filles.Moi Franck - Eric,  j'avais maintes fois pris des raclées avec les filles des plus belles aux moches. J'avais usé de tous les stratagèmes, mais tous m'avaient conduits à être rabroué.

A la fin du cours, je sortais comme d'habitude en rasant les murs, mon regard se promenait pour enfin se positionner sur l'attroupement en face d'une affiche."Africa luxury", c'était la soirée annuelle en boite de nuit avec tous les étudiants africains. Je n'y allais jamais et vous savez déjà pourquoi. L'entrée, le salon la cotisation déjà cela était au dessus de mes moyens et puis avec qui es- ce que je serais ?  Je regardais les gars parlez de cette soirée avec tant d'enthousiasme, les filles commençaient à faire les yeux doux afin d'y être sans dépenser un seul sou. Je me perdais dans mes pensées, me redemandant sans cesse à moi même : " Franck Eric, quel est ce pays où tu n'as aucun ami, ou tu n'es rien, ou tu es un sous chien? " 

La solitude, me tuait de jour en jour. J'étais là perdu dans le vide et les lamentations de mes pensées et puis il y avait Kery, cette belle métisse afro- américaine. J'aurais voulu vous la décrire mais c'est impossible. Pour moi c'était la plus belle fille de l'université. Elle avait une petite taille, toujours en talons, des yeux grands et rayonnants tirés en amande, toute fine. Kery avait le chic de s'habiller comme si elle était déjà entrée dans le monde du travail. Ses tailleurs lui allaient à merveille et dessinait sa somptueuse silhouette, en plus elle avait une si belle peau éclatante, quand je m'approchais d'elle, son parfum floral m’envoûtait à petit feu.  Par ailleurs, elle me voyait à peine. Une fois j'avais eu le cran de lui demander son numéro de téléphone pour une séance de cinéma, mais elle n'a même pas dit un seul mot, elle m'avait regardé de haut jusqu'en bas après avoir éclaté de rire avant de partir d'une démarche fière et d'une allure glorieuse. 
Kery, Kery qu'es-ce que je ne ferais pas pour l'avoir ?  Je voulais la fiancer, la marier, l'épouser, e voulais tout d'elle. A elle seule, elle constituait mon paradis.

- Franck- Eric, dis moi tu bouge avec qui à la soirée? demandait Kery
Ce jour là il m'avait fallu une bonne trentaine de secondes pour réaliser que KERY venait de m'adresser la parole, comme toujours entourée de ses copines qui la traitaient comme une princesse...
- Personne! "j'avais répondu en balbutiant tel un froussard
-Ca ne m'étonne pas ... avait-elle dit en éclatant de rire

Elle venait de se foutre de moi publiquement devant ses idiotes de copines, mais moi je souriais comme un cou car elle était Magnifique
-Tu veux venir avec moi Kery ? osais-je demandé avec le coeur qui battait la chamade
- D'abord moi je ne m'arrête jamais en boîte, et puis tu sais combien ca coûte le salon ? demandait ma miss univers
- Invite toute tes copines, venez j'assure tout! Lancais-je tout bêtement
- Tu es drôle toi !  T'as 450 Dollars, moi je ne manque jamais de soif quand je sors et je ne bois que du champagne, c'est du haut de gamme ? disait-elle déjà de dos.

Qu'es-ce qu'on ne ferait pas pour avoir une femme ?  Je courais tout bêtement derrière son troupeau et elle en lui disant " Je suis sérieux, donne moi ton numéro"

Alors, elle finit ps m'accorder un peu de crédibilité, en me notant son numéro dans la paume. Cependant je manquais moi même de crédibilité, ou allais-je dégoter cette somme pendant que mon compte bancaire est dans le rouge et que je n'ai rien à manger chez moi depuis 3 jours ? Puis, je repartais vers l'affiche en tentant d'arracher quelques mots aux mecs avec timidité.
- Alors les gars, c'est comment pour "Africa luxury"?
Personne ne me répondait, mais Josh me regardait en froncant les sourcils pour traduire son étonnement.
- Tu veux y aller Franck ? demandait Josh
- Oui
Josh se retourna et rigolait avec ses potes
-Franchement les gars "Africa luxury" ca devient du n'importequoi ..

Une fois de plus, ces mots me faisaient énormément mal, et après les avoir balancer, ils s'en allaient. J'ai souvent penser que nous étions à l'université pas au collège, mais en fait les esprits étaient encore totalement précaires.

Ce soir là je rentrais chez moi avec le sentiment d'être un moins que rien, mais aussi un léger plaisir de satisfaction à cause de Kery. Toute la nuit je me tournais et me retournais dans mon lit en me demandant comment es-ce que je trouverais autant d'argent. Pour moi, c'est beaucoup d'argent rien que pour une soirée et je passerais encore plus pour un con.  "Africa luxury" c'est dans 3 jours.Soudain une idée me vint à l'esprit, à 4 heures du matin j'ai pris mon téléphone et j'ai composé le numéro de Papa
- Allô Francky !
- Oui Papa  
-Quelle est cette voix ? 
- Je crois que je ne vais pas du tout bien, j'ai très très mal au ventre mais je pense que ca va passer.
-Non non rien ne va passer appelle un taxi et va à la clinique
- Papa, tu sais que je n'aime pas déranger, c'est rien e suis un homme
- Ecoute dépêche toi de te rendre à l’hôpital je te rappelle dans 1 heure.. 

Vous commencez à comprendre mon plan ? 

Pour rendre les choses vraisemblables, j'avais mis deux heures pour rappeler mon père qui lui m'harcelait d'appels en absence tant inquiet. Ce qui était tout a fait normal, il était veuf et  j'étais son seul fils. 
- Papa, je crois que c'est une appendicite. 
- Quoi ? Mais il faut que tu te fasses opérer
- Oui, et dans l'urgence, j'ai demandé au médecin de t'envoyer ma radio par mail. Mais bon papa j'ai peur des opérations.
- Il faut combien? 
- J'ai peur des opérations et je refuse de me faire charcuter
- Ecoute Franck, t'es mon seul fils, tout ce que j'ai tout ce que je fais chaque jour c'est pour toi. J'ai perdu ta mère à ta naissance et je ne te perdrais pas. Le comble c'est que je suis en Tunisie pour une conférence. Je te fais le virement toute suite. 
- Mais papa...
- Il n'y a pas de mais qui tienne, je te fais parvenir 20 000 dollars. On en reparle demain mais dans tous les cas tu recevras l'argent. Demain je veux que tu sois déjà à l’hôpital  cet argent inclut tes déplacements en taxi, tes soins. Tu ne m'as jamais appelé pour demander de l'argent jamais jamais jamais. Aujourd'hui tu le fais pour des raisons sérieuses, qui m'inquiètent d'ailleurs donc évite de discuter
- Ok papa.
Après cette conversation j'étais tellement heureux que je ne pouvais pas n’empêcher de hurler de joie à l'idée de mon shopping de demain chez Ralph Lauren, la montre qui scintillera à mon poignet, les paquets Victoria Secret que j'offrirais aux copines de Kery, au week-end que j'offrirais à Kery à Miami.. Par dessus tout ce que je montrerais à tous ces connards à "Africa luxury"Non ce soir là je ne pouvais traduire ma joie, mon soulagement. 

Le jeudi matin je suis venu en classe avec un bouquet de rose et du champagne pour Kery, vous connaissez les femmes elle était heureuse de se faire valoir devant ses copines.  Kery m'a même embrassé en plein milieu de la cafetAria au grand dam de tous ses prétendants.Josh et sa bande ne comprenait rien de rien à tout cela. Aussi, ils eurent même e cran de venir s'excuser et m'inviter dans leur salon. Je leur avais carrément proposé de prendre le plus gros salon de la boite de nuit, mais seulement j'assurais tout. C'était avec joie que Kery avait accepté mon invitation à Miami.

Tout allait pour le mieux, du mieux. J'appelais souvent mon père pour lui donner de mes nouvelles, Grâce à un ami de Josh qui était étudiant en médecine tout mes propos étaient sensés, mon père n'y voyait que du feu et moi je me la coulais douce. Demain, le grand jour "Africa luxury", j'avais pu montrer à Josh et sa bande qui j'étais mais pas aux autres et ce jour là. Ils verront de leurs propres yeux, je sentais que la nuit avant "Africa luxury" allait être longue j'ai alors proposé une soirée chez moi à 21 heures. Je ne pouvais pas attendre, je voulais faire filer le temps. J'ai demandé à Josh et sa bande de se ramener, sans oublier les copines de mon amour Kery. En 2 jours elle et moi étions inséparables, bras dans les bras, elle me couvrait de baiser, elle dormait chez moi. C'est difficile d'expliquer la courbe fulgurante de succès que connut ma vie en si peu de temps.

Ma soirée avait commencé, j'avais contacté le Dj d'Africa Luxury pour venir animer ma soirée, il a proposé de le faire gratuitement tant donné que j'avais réservé le plus gros salon et le plus gros nombre de champagnes...Eh oui les relations se tissèrent, ma vie était beaucoup plus intéressante.

Ambiance de malade, musique à fond, les voisins ne s'en plaignaient pas car toute la résidence était dans mon appartement. Chacun tenant son verre en main, avec des pas de danses inimaginables. Aujourd’hui il y avait chez moi le nombre de soirée auquel j'aurais toujours voulu assister.

Je ne faisais que des aller-retours entre la cuisine et le salon car les verres étaient insuffisants.Kery m'avait demandé des glaçons, je m'étais exécuté avec plaisir et à mon retour. Qui je vois ?  Mon père.
Au début je pensais que les incontournables effets de l’alcool me faisait délirer. Mais non c'était bien papa, qui essayait de se frayer un chemin parmi ces gens qui dansaient, cette musique. Dans la minute qui suivait, sous mes ordres le Dj arrêta la musique. Je sentais que ma vie était gâchée, que ce soir j'allais passer la pire soirée de ma vie. Quand le Dj arrêta la musique, mon père à la surprise de tous prit le micro " Bonsoir! Je suis le père de Francky! Es-ce qu'il y a assez de martini, de champagne de vodka dans les redcup?"
Une fois de plus, je me posais des questions sur mon état, l'alcool m'affligeait-il autant ?  J'eu enfin le courage de saluer mon père et de ranger sa valise dans la chambre. Mon père me prit dans ses bras, me demanda de commander plus de boissons, de pizza pour mes amis, il s'était même mis à danser avec Josh. Mes amis eux ne cessaient de me dire " Prête moi ton père".

3 heures du matin, les pieds s'alourdissaient après les danses chaudes, la fatigue se ressentait peu à peu sur les visage. C'est ainsi que mon appartement se vidait. Je m'étais donc retrouvé avec mon père tout seul, chez moi. C'est alors que je tentais de m'approcher tout gêné de lui...
- Papa? 
- Oui Fiston 
- Je te chauffe un bain ? 
- La fête est déjà fini ? 
- Oui papa, et puis il faut que tu te reposes après tout ce trajet..
- Tu sais ce n'est pas nécessaire, moi je suis content que tu ais pu dire au revoir à tes amis fais tes affaires on rentre à Abidjan. 

Alors, en fin de compte étais- ce vraiment nécessaire? 






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire